LIVRE XV. - CORRESPONDANCE
de Rodrigo pour le forcer à l’évacuer; alors de ses mouvements naissaient de nouvelles combinaisons, etc. En général, le système que j’avais pris avec l’armée anglaise, et qui me paraît incontestablement le meilleur, était de ne jamais l’attaquer en position; mais d’être toujours formé et en mesure de le recevoir et de manœuvrer de manière à le forcer à se mouvoir et à changer de position, parce que, connaissant par expérience la supériorité des troupes françaises sur les troupes anglaises dans l’exécution des grands mouvements, j’étais certain de trouver un jour ou l’autre l’occasion d’un beau succès en en écrasant une partie; et, alin de pouvoir la gêner dans scs opérations et être plus à même de maîtriser ses mouvements, j’avais toujours campé le plus près possible d’elle, en prenant une bonne position défensive et en cherchant toujours l’occasion, soit en position, soit en marche, de l'incommoder du feu de mon artillerie et de lui en faire sentir la supériorité.
« Monsieur le duc, cette lettre est bien longue; mais j’ai cru, dans une circonstance aussi importante pour moi, devoir ne négliger d’exposer aucune des raisons qui doivent me justifier dans l’esprit de l’Empereur. J’ose espérer qu’il sera convaincu, d’après le narré sincère et véritable des faits, que, loin de désobéir au roi, je n’ai fait que suivre littéralement les instructions qu’il m’a données et exé-
cuter ses ordres, et que les dispositions que j ? ai prises ont été commandées par les calculs de la raison; enfin, que, si les résultats ont été contraires à la gloire de ses armes, la cause en est dans la double fatalité qui, d’un côté, a empêché de me parvenir les lettres par lesquelles le roi me faisait connaître son changement, ainsi que les nouvelles dispositions qu’il avait prises pour venir à mon secours, et, de l’autre, m’a enlevé au commandement de l’armée au moment où j’y étais le plus nécessaire. »
observations.
Les explications précédentes font connaître d'une manière satisfaisante tous les malheurs de cette triste campagne; il ne manquait plus qu’une chose pour compléter les étranges aberrations de Napoléon, c’était de faire peser sur moi la responsabilité d’un mouvement que je n'avais exécuté que malgré moi et comme l’accomplissement d’un devoir impérieux d’obéissance, et c’est ce qui n’a pas manqué d’arriver.
Les ordres impératifs sont du mois de février, et n’ont pu être exécutés qu'à la fin du mois de mars.
A la fin de ce mois, ils me sont réitérés verbalement par le colonel Jardet, mon aide de camp, que