LIVRE XV. — isti-isi
sa fidélité religieuse envers le souverain, le culte qu'il rendait à ses princes, s'opposaient à toute résistance, il désirait être délivré du prince de la Paix, et il l’attendait de lintluence de Napoléon.
C’est à ce litre que la présence de l’Empereur était désirée en Espagne. Quand la levée de boucliers du prince de la Paix, pendant la campagne de Prusse, motiva l’envoi de troupes sur la frontière, les Espagnols n’en furent point alarmés; et, lorsque plus tard les discussions entre Charles IV et Ferdinand appelèrent l’intervention de l’Empereur, et que celui-ci annonça un voyage à Madrid, il y était attendu avec impatience, et des arcs de triomphe s’élevèrent dans tous les lieux où il devait passer. On voyait en lui un libérateur, le seul homme assez puissant pour renverser le prince de la Paix; mais, lorsque plus tard la révolution d’Aranjuez eut fait tomber le favori, Napoléon n’était plus appelé par l’opinion. Aussi, quand ses troupes se présentèrent sous prétexte de protéger son passage, on se demanda ce qu’il venait faire, et les inquiétudes s'emparèrent des esprits. Murat, à son arrivée à Madrid; ayant pris sous sa protection spéciale l’objet de la haine publique, toute l’horreur se dirigea contre l'Empereur. On conclut que le prince de la Paix était son agent et n’avait agi qu’à son profit. Si Murat, au lieu de protéger le prince de la Paix,
l’eût abandonné à la justice du pays, et.que ce misérable eût payé de sa tête ses crimes politiques, tout était dit. Son salut fut notre perte. Voilà la première cause de la haine des Espagnols contre nous. Les événements de Bayonne y mirent le comble. Un peuple honnête et brave a horreur de la perfidie et du mépris; et, en cette circonstance, jamais nation ne fut traitée avec une perfidie plus insultante et un pareil mépris.
Si Napoléon avait compris l’Espagne, il pouvait la rendre l’auxiliaire le plus utile à sa puissance, et son influence y eût été durable et sans bornes. La faiblesse du monarque assurait son obéissance, tandis que les sentiments de fidélité de la nation envers son souverain garantissaient son concours empressé à seconder toutes ses entreprises. Le vieux roi, esclave d’un favori, ne pouvait plus régner; mais Ferdinand était l’objet de la confiance publique, et sur sa tête reposaient toutes les espérances de l’avenir. Ce prince sollicitait, comme la plus insigne faveur, d'épouser une nièce de Napoléon. Dès lors, il s’unissait intimement à la nouvelle dynastie, et se consacrait à la servir. Une action plus ou moins directe de Napoléon eût contribué à régulariser l’administration et à rendre à cette monarchie une vie et une puissance qui eussent été employées à son profit. Une idée funeste s’empara de son esprit, et il fit bien plus que de réaliser la fable de la Poule