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vie du malheureux Louis XVI, crut de son devoir et de sa dignité de venger sa mort. En ce moment, les moyens de la France pour résister à l’Espagne étaient nuis, ceux de 1 Espagne pour attaquer éLaienl faibles; mais le gouvernement fut puissamment secondé par l’énergie et le patriotisme du peuple espagnol, et soixante-treize millions de dons patriotiques furent versés dans les caisses du roi d'Espagne, (iodov ne sut ni remplir la noble mission qu'il recevait du peuple espagnol, ni utiliser les ressources qui lui étaient prodiguées, ni relever l'éclat de la couronne de son maître, ni honorer le nom espagnol, impatient de renaître. Des succès éphémères, suivis de prompts revers, remplirent deux campagnes, terminées par une paix avantageuse pour la France, et qui valut, comme récompense nationale, à Godoy le titre de prince de la Paix. Le même esprit, la même faiblesse, amenèrent une alliance et un grand scandale. Le Pacte de famille , ouvrage immortel de Charles III, fait dans l’intérêt des Bourbons, fut invoqué et rétabli entre les Bourbons d’Espagne et les meurtriers du chef de leur maison.
Cet état de choses dura pendant la République; mais l’alliance devint beaucoup plus lourde pour l'Espagne à l'avéncment de Bonaparte au pouvoir; car, dès ce moment, la France ne mil aucune borne, à ses exigences.
Napoléon, quoique accoutumé à voir tout céder devant lui, conçut du mépris pour le peuple espagnol, qu’il voyait si soumis. Il confondait la nation avec son gouvernement, et rien ne se ressemblait moins : le gouvernement était arrivé aux limites
du possible en fait de corruption et de faiblesse;
mais le peuple espagnol, sous le joug le plus avilissant, 11’avait rien perdu de sa fierté ni de ses vertus. C’était un souverain détrôné qui, dans le malheur et dans les fers, avait conservé sa grandeur morale et sa dignité.
Napoléon, causant un jour avec M. de Hervas, bon Espagnol, et depuis connu sous le nom de marquis d’Almenara, lui dit : « Avec trente mille hommes, je ferais, si je le voulais, la conquête de l’Espagne. — Vous vous trompez, lui répondit Hervas. S’il est question de soumettre le gouvernemenl espagnol, les trente mille hommes sont inutiles : une lettre de vous et un courrier suffisent. Si c’est, la nation que vous voulez soumettre, trois cent mille hommes ne vous suffiront pas. » L’avenir a prouvé qu’il avait dit vrai.
Cette nation, fière, brave et sensible à la gloire, admirait l’Empereur plus qu’aucune autre. C’est dans ce pays, bien plus qu’en France, qu’il était l’objet d’un enthousiasme universel. Le peuple rongeait son frein et gémissait de la dépendance abjecte dans laquelle il était plongé; mais, comme