LIVRE XV
gus, c'est-à-dire les provinces d’Astorga, Bena vente, Zamora, Placencia, Salamanque, Toro, Avila, et la vallée désolée sur la rive droite du Tage jusqu’à l’Alberche. Il me chargeait de l’administration de ces divers pays et ajoutait à l’armée deux divisions, celle du général Souharn, et celle du général Bonnet, venant de Bnrgos et des Asturies, composées chacune de douze bataillons. Je devais nie mettre en marche immédiatement pour prendre mes nouvelles positions, relever les troupes qui partaient et m’établir sur cette nouvelle frontière. Comme la force de mes troupes n’était pas jugée suflisante pour combattre l’armée anglaise, il était ordonné par les dispositions générales que, dans le cas de l’offensive prise par le duc de Wellington dans le Nord, l’armée du Centre fournirait quatre mille hommes d’infanterie et sa cavalerie à l’armée de Portugal, et l’armée du Nord toute sa cavalerie, son artillerie, et douze mille hommes d’infanterie; que le maréchal duc de Dalmatie tiendrait en échec le corps de Ilill en rassemblant le cinquième corps sur la Guadiana, et que ce corps passerait sur la rive droite du Tage pour suivre Ilill, et concourir aux opérations, si celui-ci se réunissait à Wellington.
On peut voir combien ces dispositions étaient compliquées et difliciles dans leur exécution, il fallait supposer que toutes ces troupes, auxiliaires à
l'armée de Portugal, seraient toujours rassemblées et prêtes à marcher, que les généraux à qui elles appartenaient seraient toujours disposés et empressés à s’en dessaisir, chose fort opposée à l’esprit régnant alors en Espagne, comme on l’a vu, et enfin qu’on leur appliquerait d’avance toutes les prévisions constamment nécessaires en Espagne pour opérer le moindre mouvement, en raison des mille difficultés créées par la force des choses.
On verra plus tard comment, quand le moment fut venu, tous ces arrangements furent exécutés.
L’Empereur choisissait, pour affaiblir les armées d’Espagne', et pour opérer le grand mouvement qui les disloquait momentanément, précisément l’instant où il augmentait l’éparpillement de l’armée de Portugal par le détachement de douze mille hommes sur Valence. Cependant il savait, à n’en pas douter, que l’armée anglaise avait des cantonnements assez serrés sur l’Agueda, la Coa et le Mondego; mais il la supposait, on ne sait pourquoi, hors d’état d’entrer en campagne, et, dans chaque lettre, il en répétait l’assurance. En conséquence des dispositions ci-dessus, le mouvement de mes troupes commença dans les premiers jours de janvier pour se porter dans la Vieille-Castille, et je me mis en marche de ma personne, le 5. Je laissai la sixième division, commandée par le général Brenier, dans la vallée du Tage, avec mission d’observer ce qui