‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 2)Chapitre 45 sur 268 · LIVRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE XV

sla minent en prononçant ces mots qui, assurément, étaient bien impropres : Los Mas Vallente* descr tores.

Montbrun aurait pu arrêter son mouvement beaucoup plus tôt; mais, quand un général est abandonné momentanément à lui-même et jouit de sa liberté, souvent il en abuse. Montbrun trouva amusant de faire le conquérant, et peut-être aussi de jouir des avantages que donnent ordinairement les conquêtes. Il marcha jusqu’à Alicante dont les portes restèrent fermées, et revint sur ses pas. Il rejoignit l’armée dans les derniers jours de janvier.

Au commencement de février, l’armée était donc postée ainsi : deux divisions dans la vallée du Tage; une troisième sur le versant des montagnes; une division à Àvila; une forte avant-garde sur la Tormès; et le reste de l’armée, c’est-à-dire trois divisions (la huitième division m’avait été enlevée pour rentrer à l’armée du Nord) sur le Duero, et en arrière sur l’Esla. Mon quartier général restait à Valladolid. La place d’Astorga, qui était occupée, fermait le débouché de la Galice. Enfin j’avais des têtes de pont sur le Duero, à Zamora et à Toro.

Persuadé qu’un nouveau mouvement en Estramadure deviendrait nécessaire, je voulais le faciliter par des approvisionnements considérables dans Jes forts du Tage; mais, comme les approvisionnements ne pouvaient se faire qu’avec des secoure

de Madrid, jamais ils ne purent être complets.

Au moyen de ces dispositions, je pouvais, au moment où cela deviendrait nécessaire, jeter avec facilité, et une promptitude extrême, quatre divisions d’infanterie sur la rive gauche du Tage, en attendant le reste de l’armée; et, en même temps, au moyen du matériel d’artillerie déposé à Avila, en double, pour plusieurs divisions, toute l’armée pouvait être réunie, en moins de dix jours, sur le Duero ou la Tormès.

ha perte de Rodrigo découvrait la frontière. Je cherchai les moyens de créer à Salamanque un point de résistance. Les couvents en Espagne, si considérables, bâtis si solidement, peuvent, avec quelques arrangements, devenir d’excellents postes. J’en choisis trois qui, par leurs dispositions en triangle, se soutenaient et comprenaient un assez vaste emplacement. On se servit des murs des cloîtres, après avoir défoncé les voûtes, comme de revêtements de l’escarpe, et de la contrescarpe, et les cloîtres devinrent les fossés. On ménagea des galeries à feu de revers sous les remblais de décombres qui formèrent les glacis, et ces remblais s’élevèrent assez pour donner aux fossés au moins quinze pieds de profondeur. Ces travaux furent conduits avec la plus grande activité possible. Des magasins considérables pour la garnison et pour l’armée y furent placés, et ces postes devinrent défensifs.

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