‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 2)Chapitre 47 sur 268 · LIVRE XV. — 181 t-i8iî · texte numérisé non relu

LIVRE XV. — 181 t-i8iî

l’Empereur de me permettre de faire sous ses yeux la campagne qui va s’ouvrir; mais, quelle que soit sa décision, je regarde comme mon devoir de lui faire connaître, au moment où il semble prêt à s’éloigner, la situation des choses dans cette partie de l’Espagne. D’après les derniers arrangements arrêtés par Sa Majesté, l'armée de Portugal n’a plus le moyen de remplir la tâche qui lui est imposée, et je serais coupable si en ce moment je cachais la vérité.

« La frontière se trouve très-affaiblie par le départ des troupes rappelées après la prise de Rodrigo; l’ennemi est, par suite de cette diminution de force, à même d’entrer dans le cœur de la Castille en commençant un mouvement offensif, et l’immense étendue de pays occupé nécessairement par l’armée rendra toujours son rassemblement lent et difficile, tandis qu’il y a peu de temps elle était toute réunie et disponible.

« Ses huit divisions s’élèveront, lorsqu’elle aura reçu les régiments de marche annoncés, à quarante-quatre mille hommes d’infanterie environ. Il faut au moins cinq mille Hommes pour occuper les points fortifiés, et les communications indispensables à conserver libres; il faut à peu près même force pour observer l’Esla et se couvrir contre l’armée de Galice, qui évidemment, dans le cas d’un mouvement offensif des Anglais, se porterait à Ile-

navente et à Astorga. Ainsi, en supposant toute l’armée réunie entre le Duero et la Tormès, sa force ne peut s’élever à plus de trente-trois ou trentequatre mille hommes, tandis que l’ennemi peut présenter aujourd’hui une masse de près de soixante mille hommes, dont plus de moitié Anglais, bien organisés et bien pourvus de toutes choses. Cependant diverses chances peuvent faire rester les divisions du Tage en arrière, empêcher de les rallier promptement, et les tenir séparées de l’armée pendant les moments les plus importants de la campagne; alors la masse de nos forces réunies ne s’élèverait pas à plus de vingt-cinq mille hommes.

« Sa Majesté suppose, il est vrai, que dans ce cas l’armée du Nord soutiendrait l’armée de Portugal par deux divisions; mais l’Empereur peut-il croire, dans l’ordre des choses actuelles, que ces troupes arriveront promptement et à temps.

« L’ennemi parait en offensive; destiné à le combattre, je prépare mes moyens; mais celui qui doit agir hypothétiquement attend sans inquiétude et laisse écouler eu pure perte un temps précieux. L’ennemi marche à moi, je réunis mes troupes d’une manière méthodique et prévue; je sais le moment, à un jour près, où le plus grand nombre doit être en ligne, à quelle époque les autres seront à portée, et, d’après cet état de choses, je me détermine à agir ou à temporiser; mais je ne puis faire les cal-

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