‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 2)Chapitre 48 sur 268 · I.IVRE XV. — imi-iRi · texte numérisé non relu

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culs que pour les troupes purement et simplement sous mes ordres; pour celles qui n’y sont pas, combien de lenteur, d’incertitude et de temps perdu! J’annonce la marche de l’ennemi et je demande des secours; on me répond par des observations. Ma lettre est parvenue lentement, parce que les communications dans ce pays sont difficiles. La réponse et ma réplique iront de même, et l’ennemi sera sur moi. Mais comment pourrais-je d’avance faire des calculs raisonnables sur les mouvements de troupes dont je ne connais ni la force ni l’emplacement, lorsque je ne sais rien de la situation du pays ni de ses besoins? Je puis raisonner seulement sur ce qui est à mes ordres, et, puisque d’autres troupes me sont cependant nécessaires pour combattre et sont comptées comme faisant partie de mes forces, je suis en fausse position, car je n’ai les moyens de rien faire méthodiquement et avec connaissance de cause.

« Si on considère combien il faut de prévoyance pour exécuter le plus petit mouvement en Espagne, on doit se convaincre de la nécessité de donner d’avance mille ordres préparatoires, sans lesquels les mouvements rapides sont impossibles. Ainsi, les troupes du Nord m’étant étrangères habituellement, et m’étant cependant indispensables pour résister à l’ennemi, le succès de toutes mes opérations est dépendant du plus ou moins de pré-

Mfi'IOIRES nu DUC DE RAGUSE.

voyance ou d’activité d’un autre chef. Je ne puis donc pas être responsable des événements.

« Mais il ne faut pas considérer seulement l’étal des choses pour la défensive du Nord, il faut le considérer pour celle du Midi. Si lord Wellington porte six divisions sur la rive gauche du Tage, le duc de Dalmatie a besoin d’un puissant secours, et dans ce cas, si l’armée du Nord ne fournit pas de troupes pour relever l’armée île Portugal dans quelques-uns des postes qu’alors elle doit évacuer, mais qu’on ne peut cesser de tenir, et pour la sûreté du pays, et pour observer les deux divisions ennemies qui, placées sur l’Aguada, feraient sans doute quelques démonstrations offensives; si, disje, l’armée du Nord ne vient pas à son aide, l’armée de Portugal, trop faible, ne pourra pas faire un détachement convenable, et Badajoz tombera. Certes il faut pouvoir donner des ordres positifs pour obtenir de l’armée du Nord un mouvement dans celte hypothèse; et, si ou s’en tient à des propositions et à des négociations, le temps utile pour agir s’écoulera en pure perte et en vaines discussions.

« Je suis autorisé à croire à ce résultat.

« L’armée de Portugal est en ce moment la principale armée d’Espagne contre les entreprises des Anglais. Pour pouvoir manœuvrer, il faut qu’elle ait des points d’appui, des places, des forts, des têtes de pont, etc. Elle a besoin dans cet objet d’un

grand matériel d'artillerie, et je n’ai à y appliquer ni canons ni munitions, tandis que les établissements de l’armée du Nord en sont remplis : j’en demanderai, on m’en promettra; mais en résultat je n’obtiendrai rien.

« Après avoir discuté la question militaire, je dirai un mot de l'administration. Le pays donné à l'armée de Portugal a des produits présumés, le tiers de ceux des cinq gouvernements; l’armée de Portugal est beaucoup plus nombreuse que l’armée du Nord; le paysqu’elle occupe estinsoumis; on n'arrache rien qu’avec la force, et les troupes de l'armée du Nord ont semblé prendre à tâche, en l’évacuant, d’en enlever toutes les ressources. Les autres gouvernements, malgré les guérillas, sont encore dans la soumission et acquittent les contributions sans qu’il soit besoin de contrainte. D’après cela, il y a une immense différence entre le sort de l’une et de l’autre armée, et, comme tout doit tendre au inêmebut, et que partout ce sont les soldats de l’Empereur, que tous les efforts doivent avoir pour objet le succès des opérations, ne serait-il fias juste que les ressources de tous ces pays fussent partagées proportionnellement aux besoins de chacun, et comment y parvenir sans une autorité unique?

« Je crois avoir démontré que, pour une bonne défensive du Nord, le général de l’armée de Portugal doit avoir toujours à ses ordres les troupes et le

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territoire de l'année du Nord, puisque ces troupes sont appelées à combattre sous ses ordres, et que les ressources de ce territoire doivent être en partie consacrées à les entretenir.

« Je passe maintenant à ce qui regarde le midi de l’Espagne. Une des tâches de l’armée de Portugal est de soutenir l’armée du Midi, d’avoir l’œil sur Badajoz et de couvrir Madrid, et, pour cela, un corps assez nombreux doit occuper la vallée du Tage; mais ce corps ne pourra subsister et préparer des ressources pour d’autres corps destinés à le soutenir s’il n’a pas un territoire productif, et ce territoire, quel autre peut-il être quecelui de l’armée du Centre? quelle ville peut offrir des ressources et des moyens dans la vallée du Tage si ce n’est Madrid? Cependant aujourd’hui l’armée de Portugal ne possède sur le bord du Tage qu’un désert sans produits d'aucune nature ni pour les hommes ni pour les chevaux, et elle ne rencontre, de la part des autorités de Madrid, que haine et animosité.

« L’armée du Centre n’est rien, et elle possède à elle seule un terrain plus fertile et plus étendu que. celui accordé pour toute l'armée de Portugal. Celle armée ne peut l’exploiter faute de troupes, et tout le monde s'oppose à ce que nous en tirions des ressources. Cependant, si les bords du Tage étaient évacués par suite de la disette, personne à Madrid ne voudrait en apprécier la véritable raison, et on

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