LIVRE \ V. — un i -un
produisit une commotion dans les esprits, dont les effets se firent sentir aux extrémités de l’Espagne. Le peuple espagnol, passionné de sa nature, affranchi des langes dans lesquels il avait gémi si longtemps, livré à lui-même, s’abandonna aux élans d’un patriotisme brûlant qui lui donnait, pour ainsi dire, l’occasion de se réhabiliter aux yeux de l’Europe. On connaît sa fierté poussée jusqu’à l’excès et au ridicule; on conçoit l’effet produit sur lui par des succès universels qui faisaient triompher les sentiments les plus nobles et les plus légitimes; dès ce moment, on eut à combattre toute une nation.
Joseph évacua Madrid et se retira sur l’Èbre, où il dut attendre du secours. L’Empereur parut à la tête de la grande armée, la même qui avait donné des lois à l’Europe. Excepté le corps de Davoust, resté en Allemagne, l’armée d’Italie et celle de Dalmatie, c’était toute l’armée française. On eut bientôt battu l’armée espagnole à Burgos et à Tudela; on marcha sur Madrid, on attaqua Saragosse, on couvrit en un moment tout le nord de l’Espagne do troupes, et tout rentra dans la soumission.
Junot avait été dirigé, dès le mois d’octobre 1807, sur le Portugal. Cette opération, faite de concert avec l'Espagne, avait pour objet apparent un partage; on devait faire des Algarves un royaume poulie prince de la Paix. Ce n’était qu’un piège; la suite l’a prouvé. Junot, entré à Lisbonne sans coup
férir, le l 24 novembre, le jour même où le prince régent en était parti pour se rendre au Brésil, envoya en France une partie de l’armée portugaise, sous le commandement du marquis d’Alorna, le général le plus distingué du pays.
Junot, institué gouverneur du Portugal, y établit, suivant l’ordre de l’Empereur, de fortes contributions. La forme suivie blessa le peuple portugais plus encore que l’énormité de l'impôt. Le décret impérial fixait cent millions pour le rachat des terres; comme si un peuple qui avait reçu l’armée française au nom de l’amitié et de l’alliance pouvait se considérer comme en état d’esclavage et avoir perdu ses propriétés et ses biens. Mais des actes de cette nature procuraient à Napoléon des moyens d’entretenir nos immenses armées, et aussi des satisfactions d'amour-propre, auxquelles il était sensible avant tout.
Lorsque les insurrections éclatèrent en Espagne, le Portugal resta tranquille; mais une armée anglaise, plus forte que l’armée française, vint à son secours et débarqua. Junot lui livra bataille à Vimieiro; il fut battu, et la convention de Cintra ramena l’armée française en France, où elle fut débarquée.
L'armée anglaise, commandée par sir John Moore, après avoir reconquis Lisbonne, déboucha du Portugal et marcha surSalamanqqe. L’Empereur, après