LIVRE XV. — i8i 1 - 18 I i
avoir battu et détruit l’armée espagnole à Tudela et à Sommo-Sierra, était entré à Madrid. Informé pendant une revue du mouvement de l’armée anglaise, il se mit le soir même en marche pour aller la combattre; mais, à son approche, elle se retira, repassa l’Esla, et fit sa retraite sur la Corogne. Ces événements se passèrent dans le courant de janvier 1809. Pendant cette poursuite de l’armée anglaise, l’Empereur reçut de Paris les renseignements les plus positifs sur les préparatifs des Autrichiens et leur prochaine entrée en campagne contre nous. Napoléon se décida à revenir en France immédiatement, afin de tout disposer pou rieur résister, et il chargea le maréchal duc de Dalmatie de poursuivre les Anglais à la tète du deuxième corps d’armée, et de les forcer à opérer leur rembarquement.
L’armée anglaise, dont la composition et l’organisation n’ont aucun rapport avec celles de l’armée française, dont les moyens d’administration sont si étendus, que jamais elle n’éprouve la moindre privation, forcée à une marche rapide dans les montagnes pendant l’hiver, lorsque rien n’avait pu être préparé pour satisfaire, à ses besoins, aurait été détruite si elle eût été poursuivie avec vigueur. On se contenta de la suivre; on n’osa pas l’attaquer sérieusement en avant de la Corogne, où elle avait pris position, et elle échappa comme par miracle à une destruction presque assurée.
MÉMOIRES DU DUC UE lt A G USE.
L’armée anglaise, embarquée, fui transportée de nouveau à Lisbonne; elle s’y réorganisa et pourvut à la défense du Portugal, que Soult eut ordre d’envahir par le littoral. C’était une marche difficile; arrivé à Oporlo, après avoir battu des milices portugaises, il s’arrêta. Enfin, attaqué par les Anglais sur le Duero, et surpris, ayant perdu sa principale et meilleure communication avec l’Espagne, il évacua précipitamment le Portugal, n’emmenant avec lui que les débris de son armée et abandonnant la totalité de son matériel.
Le maréchal Ney, de son côté, à la tête du sixième corps, avait envahi les Asturies; informé de la catastrophe de Soult, il accourut en Galice à son secours pour le recueillir.
Pendant ces événements, la place de Saragosse, assiégée, s était rendue. Sans vouloir diminuer le mérite de cette défense, elle a cependant été trop vantée. Une immense population fanatique s’y était jetée; abondamment pourvue de tout, elle comptait plus de soixante mille défenseurs, tandis que l’armée assiégeante, sur les deux rives de l’Èbre, ne s est jamais élevée à trente mille hommes. Cette garnison avait plus d’hommes qu’elle ne pouvait en employer; ainsi les pertes journalières lui importaient peu; et, si on pense aux ressources que donnaient, pour des fortifications improvisées, les vastes couvents d’Espagne, si on réfléchit aux pré-