‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 2)Chapitre 70 sur 268 · Livre xv. - îsn-isii · texte numérisé non relu

Livre xv. - îsn-isii

Plus tard, un mouvement général s’opéra dans l’armée française en Espagne, et l’évacuation de l’Andalousie porta les troupes disponibles à une force double de l’armée anglaise. Alors celle-ci se retira, et l’on n’osa pas essayer de l’entamer.

Soult, qui commandait l’armée française sous Joseph, se trouva, deux mois après la bataille de Salamanque, sur le même terrain où j’avais combattu. L’armée anglaise occupait, avec deux divisions, Alba deTormès, CalvarossadeArriba avec une division, et le reste était devant Salamanque. Soult avait quatre-vingt-dix mille hommes d’infanterie, dix mille chevaux et cent vingt pièces de canon. 11 était à Huerta, et n’osa rien entreprendre avec de pareils moyens. L’armée anglaise, si l'armée française avait été mieux commandée, aurait dû y périr en entier. Celle-ci se retira derrière l’Aguada; mais il n'est plus en mon pouvoir de parler de la suite des opérations, y étant resté tout à fait étranger.

Mes blessures étaient extrêmement graves. Cependant mes forces morales n’en furent nullement, altérées. Au moment où je fus atteint, les chirurgiens du 120' régiment me donnèrent les premiers secours. Je leur demandai s’il fallait me couper le bras. Ils hésitèrent à me répondre. Je m’en offensai et leur dis qu’il fallait me faire connaître la vérité. Ils déclarèrent que cela était indispensable. Alors

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je fis appeler le chirurgien en chef, le docteur Fabre, homme du plus grand mérite et mon ami, venu uniquement par attachement pour moi en Espagne et pour m’y suivre. Je lui dis que, sans doute, il allait m’amputer. Il me répondit : « J’espère que non. » Je crus qu'il me trompait; et il me répondit : « Je ne sais pas si je n’y serai pas forcé; mais, je vous le répète, j’espère que non; et, dans tous les cas, ce ne sera pas dans ce moment. »

Ces paroles me furent une grande consolation. On m’emporta au moment où les Anglais faisaient leur attaque contre l’Àrapilès; et j’eus la satisfaction de les voir repousser; et, en m’en allant, je prononçai, à haute voix, ce vers de Racine, dans Milkridtitc :

« Et mes derniers regards ont vu fuir les Romains. •

On voit que mon esprit n était pas abattu.

Le lendemain, de grand matin, le colonel Loverdo, commandant le 59' régiment, vint me trouver et me témoigner son intérêt. Nous causâmes quelque temps de la bataille. En me quittant, il me dit: « Soyez assuré, monsieur le maréchal, que, si nous avons le malheur de vous perdre, personne ne vous regrettera plus que le 59* régiment, et surtout son colonel. »

C’eut été un coup terrible pour un esprit faible.

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