‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 2)Chapitre 72 sur 268 · LIVRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE XV

tj septembre, combattit et fut blessé à la bataille de la Moskowa, le 7. '

Vers les premiers jours de novembre, j’arrivai à Bayonne, où je restai jusqu’au moment où l’état de mes blessures me permit de me rendre à Paris.

J’éprouvai combien les longues souffrances affaiblissent le moral. On a vu comment j’avais envisagé ma situation personnelle à l’époque où je reçus mes blessures. Quatre-vingt-dix jours s’étaient écoulés, et on essaya de me fairesortir de mon lit. Des accidents survinrent, et il fallut suspendre les essais tentés. J’en fus fort affligé. Le préfet de Salamanque, Casa-Secca, Espagnol, qui m’était fort attaché, et s’était retiré à Bayonne, avait fait une course à Bordeaux. A son retour, il vint me voir, et je lui racontai ce qui m’était arrivé. Il me répondit : « Je le savais; on me l’a dit à mon arrivée, et j’ai tout de suite pensé que c’était comme notre pauvre Gravina. — Comment! lui dis-je, mais il a été tué à Trafalgar. — Pas du tout, répliqua-t-il; il a eu le bras fracassé d’un coup de canon; on n’a- pas voulu lui couper le bras, et, au bout de trois mois, il est mort. » C’était, sauf la mort qui n’arriva pas, juste mon histoire. Cette sotte réflexion me fit une vive impression, et je fus pendant quelques jours dans une disposition d’esprit très-fâcheuse.

Certes, ceux qui liront avec attention l’histoire de cette campagne devront reconnaître que la pré-

voyance ne m’a pas manqué. Je ne m’étais pas fait d’illusions sur les difficultés, les impossibilités résultant nécessairement des arrangements pris. Si on a présent à l’esprit ma lettre au prince de Ncufchàtel en date du 25 février, où je demandais mon changement et où je démontrais l’impossibilité de bien faire avec les moyens qui m’étaient donnés, on conviendra que j’avais deviné précisément comment les choses se passeraient. Cependant, à force de soins, j’avais été au moment d’arriver à un résultat complètement heureux. La fatalité seule avait fait échouer mes efforts. En outre, j’étais personnellement victime, et j’avais reçu de graves blessures. Eh bien, avec tant de motifs de justice, d’indul- ' gence et d’intérêt, je ne reçus pas un mot de consolation ni de l’Empereur ni en son nom.

La première fois que j’entendis parler de lui, ce fut pour répondre à une enquête sur ma conduite. Le duc de Feltre, ministre de la guerre, la confia à un officier de son état-major, Ballhazar Darcy, qui s’en acquitta avec égard et respect. Je dois, au surplus, dire cependant que Napoléon avait ordonné d’attendre, pour me faire cet interrogatoire, que ma santé fût assez bien remise, pour qu’il n’en résultât pas dans mon esprit un effet fâcheux pour mon rétablissement. Les questions étaient au nombre de quatre. Comme elles donnaient l’occasion, dans la réponse, de résumer toute celte campagne et de

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