‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 2)Chapitre 73 sur 268 · LIVRE XV. — îsu-isti. I · texte numérisé non relu

LIVRE XV. — îsu-isti. I

faire ressortir tout ce qu'elle avait eu de vicieux par suite de la division des commandements et de l’incapacité de Joseph, auquel le pouvoir suprême avait été dévolu, je les reproduirai et les joindrai aux pièces justificatives.

Enfin, le 10 décembre, ma santé me l’ayant permis, je me mis en route pour Paris. Peu après mon arrivée, le trop célèbre vingt-neuvième bulletin de la grande armée fut publié, et, le lendemain, Napoléon arriva lui-même. Je n’entreprendrai pas de peindre la profonde sensation que ce retour inopiné et les désastres annoncés firent sur l’opinion publique. Je vis l’Empereur dès le lendemain de son arrivée. 11 me reçut très-bien. Mes blessures étaient encore ouvertes; mon bras sans aucun mouvement et soutenu par une écharpe. Il me demanda comment je me portais, et, quand je lui dis que je souffrais encore beaucoup, il répondit : « Il faut vous faire couper le bras. » Je lui répliquai que je l’avais payé assez cher par mes souffrances pour tenir aujourd’hui à le conserver, et cette singulière observation en resta là. A peine me parla-t-il des événements d'Espagne. Ce fut de lui et de la campagne de Russie qu’il m’entretint. Il ne paraissait nullement affecté des désastres arrivés récemment sous ses yeux. Il jouissait beaucoup, en ce moment, d'être quitte des souffrances physiques qu'il avait éprouvées. Il cherchait à se faire illusion

sur l’état des choses, et me dit ces propres paroles :

« Si j’étais resté à l’armée, je me serais arrêté sur le Niémen; Murat reviendra sur la Vistule; voilà la différence sous le rapport militaire. Mais, après les pertes que nous avons éprouvées et comme souverain, ma présence à l’armée, à une pareille distance et dans les circonstances actuelles, rendait ma situation précaire. Ici, je suis sur mon trône, et je serai promptement en mesure de réparer tous nos malheurs en créant les ressources dont nous avons besoin. »

Et il a prouvé que, sous ce dernier rapport, il avait raison.

Page 1