‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 3)Chapitre 102 sur 267 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

du Tyrol : il était complètement isolé, et sa position difficile et dangereuse. Je ne négligeai rien pour lui barrer le passage; mais, malgré mes espérances, je n’y pus parvenir. Le 4, à midi, je reçus une lettre du général Rusca, datée de Villach. Il m’annonçait l’arrivée, devant lui, du corps de Chasteler, fort de huit à neuf mille hommes, et me prévenait qu’il se retirait lui-même sur Klagenfurth, où il se renfermerait s’il était nécessaire.

Ce corps ennemi, se trouvant en arrière de l’armée française, manœuvrait pour lui échapper et rejoindre sa propre armée. De Villach, il pouvait prendre trois différentes routes. Je devais donc me placer de manière à lui couper celle qu’il aurait choisie. Ces routes sont : 1* par Klagenfurth et Marbourg; 2* par Afling,Krainbourg etLayhach; 3“ par Tarvis, Caporetto et Goritz. Je me portai immédiatement en avant de Laybach, et poussai une avantgarde jusqu’au pied du Klôbel. J’étais ainsi en mesure d’arriver, en quelques heures, sur la Drave et à Klagenfurth, de défendre la seconde de ces trois routes si l’ennemi la préférait, et pas très-éloigné pour l’atteindre encore s’il marchait sur Trieste.

Le 3, je reçus une lettre du général Rusca, datée du 4 de Klagenfurth; son mouvement sur cette ville était effectué, et il m’annonçait que l’ennemi ne l’avait pas suivi.

Le fi, une lettre du général Caffarelli, comman-

•iU MÉMUIRES DU DUC DE ItAGUSE.

dant à Trieste, me prévenait qu’une avant-garde ennemie avait paru à Caporetto, et que probablement c’était sur lui que l’ennemi se dirigeait. Il me rappelait qu’il y avait trois mille prisonniers de guerre à Adelsberg. Rien ne me paraissait encore concluant. Le 6 au matin, une lettre du général Rusca, datée de Klagenfurth le 5, à cinq heures du soir, me confirmait l’avis que l’ennemi n’avait fait aucun mouvement de Villach. Toutes les apparences étaient alors que l’ennemi prendrait la route de ITsonzo. Je me rapprochai de Laybach, et portai une division sur Ober-Laybach, sans cependant m’abandonner à un mouvement décidé. Ces dispositions, d’après les faits ci-dessus, étaient les seules raisonnables; mais mes calculs étaient erronés, parce que les rapports qui leur servaient de base étaient faux. Le général Rusca était bien mal informé; car, au moment où il m’écrivait de Klagenfurth, le 5, à cinq heures du soir, il avait l’ennemi à ses portes, qui l’attaquait à six et le bloquait à sept. Un ofiieier que je lui avais envoyé en avait été témoin. Caché chez un maître de forges de sa connaissance, au milieu des postes ennemis, il avait vu détruire et brûler, à neuf heures du soir, le pont de Kirschensteuer sur la Drave. Cet officier m’ayant rejoint le G dans la journée, je partis pour retourner sur mes pas; mais le général Chasteler avait hâté son mouvement et disparu quand j’ar-

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