LIVRE XII
rivai sur la Drave. Si le général Rusca s’était fait éclairer avec plus de soin; si, lorsque placé à Krainbourg et au pied du Loibl, j’attendais si impatiemment de ses nouvelles, il m’eût prévenu de l’instant où l’ennemi avait quitté Villach, je serais arrivé à Kirschensteuer avant lui, et, après avoir passé la Drave, je lui aurais barré le chemin. Des troupes telles que les miennes, grandies par la campagne qu’elles venaient de faire, en présence de soldats harassés, coupés et découragés, auraient probablement détruit complètement le corps de Chasteler en un seul combat.
J’éprouvai un véritable cbagrin de voir des espérances si bien fondées s’évanouir; mais il n’y avait pas de ma faute, et l’Empereur, quelque regret qu’il en éprouvât, en jugea de même. Revenu à Laybach pour y faire reposer mes troupes, je reçus l’ordre d’y rester pendant quelque temps, alin de couvrir Trieste et la frontière d’Italie contre tous les corps qui pourraient se présenter. ;
Les succès immenses, obtenus parla grande armée à l ouverture de cette campagne, avaient été un peu balancés par les revers d’E.ssling. Le passage du Danube, effectué avec trop de confiance, avait failli amener la ruine et la destruction de l’armée. En ce moment, le prince Charles a eu entre scs mains la destinée de l’armée française: il pouvait 1a détruire; mais il lui paraissait si admirable.
si extraordinaire de n’avoir pas été battu, qu'il doutait presque de sa victoire quand il ne tenait qu'à lui de la rendre décisive. Qu’on se figure la situation terrible de l'armée française : elle était divisée en deux par le Danube, qui est si large devant Vienne;lesdeux portions ne pouvaientcommuniquer qu’au moyen d'une navigation rare et incertaine: la partie placée sur la rive gauche du fleuve, écrasée par le combat le plus opiniâtre, le plus meurtrier, n’avait dans l’île de Lobau ni munitions pour se battre ni espace pour se mouvoir. Elle avait devant elle, au delà d’un bras du fleuve, de la largeur, pour ainsi dire, d’un ruisseau, les forces ennemies, victorieuses et bien fournies de toutes choses. Si l’armée autrichienne eût effectué le passage dans l’île de vive force, et elle le pouvait certainement; si, en outre, un corps de douze ou quinze mille hommes eût passé le Danube à Krems, et que la population de Vienne se fût révoltée, comme elle y était disposée, tout ce qui était rassemblé dans nie, devenue si célèbre, le corps de^asséna, celui de Lannes, la cavalerie de la garde, toutes les troupes eussent été incontestablement prises ou détruites, et on peut apprécier les conséquences qui en seraient résultées. Mais l’Empereur exerçait sur les facultés morales de l’archiduc une action incroyable, une espèce de fascination. L’anecdote suivante en est bien 1a preuve. .Je la tiens de deux