LIVRE XII. - ig
devançai mes troupes, et je me rendis à Vienne et à Tile de Lobau pour voir rEmpercur. -
Je le trouvai dans toute sa grandeur militaire. S'il avait ouvert la campagne avec peu de troupes et de faibles moyens, les ressources de son esprit et l’énergie de sa volonté lui avaient créé des forces immenses. L’état de situation de l’armée, réunie pour passer le Danube, et qui, le surlendemain, combattit à Wagram, état de situation que j’ai vu, montrait en présence sous les armes cent quatrevingt-sept mille hommes, dont cent soixante-quatre mille sabres ou Iwïonnettes, et sept cents pièces de canon.
La leçon que Napoléon avait reçue lui avait prolité. Des moyens de passage assurés, à l’abri de toute entreprise et de tout accident, avaient été préparés. Le général Bertrand, commandant le génie de l’armée, avait conduit tous ces travaux avec habileté. Le véritable Danube était passé, et cette vaste ite de Lobau rassemblait la plus grande poj»ulation militaire que l’on eût jamais vue réunie sur un même point; un bras du fleuve très-étroit restait seul à franchir.
L’ennemi avait dû juger nos moyens de passage, le point sur lequel il devait s’effectuer en raison des localités et des travaux préparés, et cependant il n’avait rien fait pour les empêcher, pour les contrarier, ni même pour nous arrêter au moment où
Ml. 15
nous déboucherions. Une partie de ses troupes seulement était à portée du Danube; la niasse de ses forces, réunie en arrière, devait occuper une position reconnue, belle et forte : disposée en arc de cercle, elle commandait la campagne et se trouvait couverte par un ruisseau. C’était un combat en champ clos, où l’on se donnait rendez-vous. L’ar- • chiduc était apparemment résolu d’avance à livrer la bataille à nombre égal; car, s’il eût voulu l’ajourner, ou bien combattre deux ou trois contre un, il en était le maître.
Si, à une demi-portée de canon du Danube, et particulièrement à Stadt-Enzersdorf, il eût fait élever de fortes redoutes en face de notre point de passage, et qu’il les eût fait soutenir par plusieurs lignes de troupes, jamais nous n’aurions pu déboucher. L’affaire se serait réduite à un combat opiniâtre, où probablement nous aurions été vaincus, puiscpie, soutenue par tes secours de l’art, la masse des forces autrichiennes aurait eu affaire seulement à une partie des nôtres, l’espace manquant à l'armée française pour déboucher et se former.
Je vis l’Empereur au moment où il rentrait de l’inspection de ses préparatifs. Il était glorieux de cette campagne, et avec raison; car rien ne fut plus admirable que son début et plus étonnant que l’étendue de scs succès avec ta faiblesse de ses inovens.
11 passait légèrement sur les événements d’Essling,