MARMONT A NAPOLÉON
« Oiinrlicr jjûm'ral de Znaïiii, 11 juillet 1800.
« Sire, j’ai reçu la lettre que Votre Majesté m’a fait l’honneur de m’écrire; je crois pouvoir me justifier des reproches qu’elle contient.
« L’uniformité des rapports m’a autorisé à croire que l’armée ennemie avait dépassé Znaïm, et que, tout au plus, une simple arrière-garde s’y trouvait : j’ai pu croire, d’après ce qui m’a été affirmé, que deux régiments de cavalerie et deux régiments d’infanterie, ainsi qu’on le disait, occupaient seulement la ville de Znaïm, se disposant à la retraite, ayant entendu le canon le 9, presque dans la direction de cette ville. L’ennemi ne m’a d’abord présenté que de la cavalerie, ensuite quelques tirailleurs. Plusieure de ces tirailleurs pris ne m’ont parlé que de quatorze bataillons de grehadiers, qui venaient d’être envoyés ici pour protéger la retraite, et j’ai dû me croire assez fort pour les battre.
« Ce n’est qu’après deux heures de combat que
MÉMOIIIES DU DUC DE IIACUSE.
j’ai pu juger que l’ennemi avait environ trente mille hommes, divisés par la rivière, et que le maréchal Masséna marchait à eux.
« Dans cette situation, je me trouvais encore à môme d’obtenir les plus grands succès sans secours. — Plus tard enfin, les mouvements de cavalerie m’ont donné l’occasion de voir encore trente mille hommes à une lieue de moi, et j'ai jugé alors que le concours du général Davoust était nécessaire, et je lui ai écrit en toute hâte. J’aurais cru manquer à mes devoirs de le faire plus tôt, puisque j’aurais infiué sur les combinaisons de Votre Majesté par une alarme prématurée. J’ai envoyé trois officiei-s au général Davoust, et l’officier de génie italien était le premier. Ainsi je n’ai négligé aucun moyen de lui donner de mes nouvelles.
« Une fois maître de la position que j’avais attaquée, j'ai dû la conserver, parce que tous les mouvenjents de l'ennemi indiquaient évidemment l’intention de se retirer, parce que ma position était bonne, et que je pouvais, pendant cinq à six heures, soutenir tous les efforts de l’année ennemie, ma gauche étant appuyée à la rivière dans un endroit qui n’est pas guéable et où les rives sont escarpées ; mon front, couvert par un ravin extrêmement facile à défendre et par un village offensif et défensif; ma droite, par deux fermes qui sont voûtées, (pie j’ai fait créneler, qui sont deux forteresses et qui '
UVRE XII. — CORRESPONDAXCE. ÔI'J
sont placées précisément à la distance convenable pour soutenir et rendre inexpugnables les quatre mille chevaux que j’ai; enfin la ferme la plus à droite, étant appuyée par un bois trés-vaste, complète tout le système de défense. En dernier lieu, je devais toujours faire entrer en l)alance le concours du maréchal Masséna, dont j’avais vu le feu, et la terreur d’un lennemi cpii .se retire, qui est tourné, et la vigueur des troupes que je commande.
« Quant à ce qui regarde la communication. Sire, voilà ce que j’ai fait, .l’ai laissé le T régiment de chasseurs à baali, jusqu’à huit heures du matin, partie au pout de lUihauf et partie à Schonan sur la route de Nikolsbourg, et il n’a qnitlé celte position que quand j’ai connu officiellement (pie l’avantgarde du maréchal Davoust était arrivée à Aikolsbourg, et que h’s postes du 1" dragons occupaient le coni’s de la rivière; enfin, Sire, j’ai eu constamment deux escadrons occupés à observer les bords de laTaya, depuis la position que j’occupe jusqu’à deux lieues en arrière de nous
« Sire, j’espère que Votre Majesté agréera avec bonté l’exposé de ces faits, et qu’il rétablira dans son opinion autant ma prudence que mon désir debien foire.
« .l’ai l’honneur d’envoyer à Votre Majesté le croipiis qu’elle m’a demandé. »