LIVRE TREIZIEME
isoy — 18IU
SoMAiiiK. — Le due de Rnguse i Paris. — Conrcrsalions inliiiics. — Le duc Décrûs. — L’Empereur à Fontainebleau. — Pouvoir du gouverneur des provinces illyriennes. — Le cardinal Feseb. — Les provinces illyriennea. — Kégimenis frontières. — Les fai$eur$ île Paris. — l.es pacb.vs turcs. — Expédition d'is.ncliicli et de Bihaez. — Reddition de Czetlin. — Administration. — Le blocus continental : son influence. — Garde nationale. — Système de contributions directes. — Emprunt à Trieste. — Ponts et c^ussées. — Instruction publique. — Régie des tabacs, poudres et s.nlpêtres. — lns|icctiun des régiments frontières.
Je revenais coulent, satisfait, après avoir été nommé maréchal avec le suffrage de l’armée. La campagne avait été glorieuse, et véritablement elle était une des plus belles qu’eût faites l’Empereur, si l’on songe à la nature et à la faiblesse des moyens dont il avait disposé à son début. C’était toujours le grand capitaine, objet de l’étonnement du monde. Il n’était tombé encore dans aucune des aberrations qui ont marqué la fin de sa carrière. Si, comme politique et comme souverain, on pouvait l’accuser, je ne l’avais pas vu assez longtemps, et j’avais surtout perdu de vue la France depuis trop d’années, pour juger sainement les changements qui s’étaient opérés en lui et dans la situation des choses. Mon admiration pour sa personne
était toujours la môme. J’arrivai à Paris avec ces sentiments, peu en harmonie avec ceux du public. Certes, on appréciait celte campagne de 1809; on était satisfait de la paix; mais on était blasé sur la gloire militaire. On voulait du repos, on désirait plus de liberté, une existence plus calme, et on voyait l’avenir encore chargé de tempêtes. Je retrouvai mçs amis avec grand plaisir; ils me revirent avec joie; mais j’étais surpris de leur froideur et de leur calme sur les questions politiques. Un d’eux surtout m’étonna à un point impossible à exprimer; les paroles qu'il m’a dites, il y a bientôt trente ans, retentissent encore à mon oreille, et je ne puis m’empêcher de les consigner ici.
Le duc Decrcs, ministre de la marine, était mon compatriote; nous avions des alliances communes; j’avais navigué à son bord dans la traversée d’Égypte. C’était un homme de beaucoup d’esprit. Nous-nous étions convenus et liés intimement. Je ne ferai pas l’éloge de son caractère passionné et vindicatif; je connais plusieurs traits de lui blâmables; mais, personnellement, j’ai toujours eu à me louer de ses procédés envers moi. Il me vit bien satisfait, bien ardent dans mes récits. Après m’avoir laissé dire, après m’avoir écouté, il prononça ces propres paroles : « Eh bien, Marmont, vous voilà bien content, parce que vous venez d’être fait maréchal. Vous voyez tout en beau. Voulez-vous