‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 3)Chapitre 173 sur 267 · LIVRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE XIII

que moi je vous dise la vérité, que je vous dévoile l’avenir? L’Empereur est fou, tout à fait fou, et nous jettera tous, tant que nous sommes, cul pardessus tête, et tout cela Unira par une épouvantable catastrophe. »

Je reculai deux pas et lui répondis : « fîtes-vous fou vous-même de parler ainsi, et est-ce une épreuve que vous voulez me faire subir?

— Ni l’un ni l’autre, mon cher ami : je ne vous dis que la vérité. Je ne la proclamerai pas sur les toits; mais notre ancienne amitié et la confiance qui existe entre nous m’autorisent à vous parler sans réserve. Ce que je vous dis n’est que trop vrai, et je vous prends à témoin de ma préiliclion. » Et là-dessus, il me développa ses idées en me parlant de la bizarrerie des projets de l’Empereur, de leur mobilité et de leur contradiction, de leur étendue gigantesque, que sais-je? Il me présenta un tableau que les événements n’ont que trop justifié. Plus d’une fois, depuis la Restauration, j’ai rappelé à Decrès notre convereation et son étonnante, mais bien triste prédiction.

L’Empereur arriva et fut s’établir a Fontainebleau. Je m’y rendis plusieurs fois et j’y restai quelques jours pour connaitre ses intentions sur les provinces illyriennes et recevoir ses instructions. Une organisation provisoire fut faite. Elle m’investissait de tous les pouvoirs, et me transmet-

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