‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 3)Chapitre 188 sur 267 · LIVRE Xin. — JR · texte numérisé non relu

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faite aux dépens de ses propres alliés. Aucune raison politique ne justifiant plus alors la mesure la plus tyrannique qui fut jamais, elle mettait le comble à l’humiliation de tous les souverains de l’Europe, et ils durent chercher à s’en affranchir. Mais, par rapport à ses propres sujets, vit-on jamais monstruosité plus grande? Ces licences donnaient le privilège du commerce à un petit nombre d’individus, au détriment de tous ceux de leur classe; faisaient intervenir, dans l’expédition de chaque navire, le gouvernement, qui partageait le profit du commerce par le prix qu’il faisait payer la licence. Sans admettre une liberté illimitée du commerce, question d’une tout autre nature, et en admettant le droit d’en restreindre l’étendue et d’en modifier l’exercice, le gouvernement ne peut intervenir que par des règles générales, laissant à chacun, dans ses actions, la même liberté qu’à son voisin. Avec les licences, un individu corrupteur, mal famé, sans crédit, mais protégé, fait scandaleusement sa fortune; et 'honorable négociant, dont le crédit embrasse le monde, qui a répugné à employer des moyens réprouvés par la délicatesse pour obtenir une faculté qui lui est refusée, végète et consomme ses capitaux au lieu de les faire fructifier.

L’injustice était entre les individus, entre les villes, elle était partout; et, pour compléter le tableau de ce temps d’aberration et de folie, il faut

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rappeler deux faits dont il y a eu beaucoup d’exemples : des denrées coloniales confisquées, vendues publiquement, confisquées de nouveau et vendues encore; et la confiscation d’objets apportés par des bâtiments munis de licence, mais absents pendant que la mobile législation des douanes avait changé. Ce système, si fatal et si funeste, fut au moment d’être abandonné : on peut en juger par les demandes que l’Empereur fit adresser partout. .\ la fin de juillet 1810, il posa la question de savoir si l’admission des marchandises coloniales avec des droiLs extrêmement élevés ne valait pas mieux que la répulsion et la confiscation. Cette question, débattue avec soin, nous amena à conclure pour l’affirmative dans notre réponse. Si la résolution eût été conforme, elle rendait la vie à ce malheureu pays, et particulièrement à Trieste, monument admirable des effets de la liberté du commerce; mais il n’en fut rien. Au contraire, on exagéra toutes les mesures déjà si rigoureuses; et l’Europe, constamment insultée, avilie par le mépris de tous les droits et de toute équité, se disposa à rompre ses cbaines.

L’orgueil a toujours été un des traits les plus marquants du caractère de Napoléon; aussi tous les actes qui mettaient sa puissance en relief lui causaient de grandes jouissances. Cette action constante qu’il exerça pendant quelque temps sur tous

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les points de l’Europe, à l’occasion du syslènie continental, a eu pour lui un grand charme et une grande séduction, indépendamment des calculs de la politique; mais il oubliait que, parla nature des choses, l’action de la force doit seulement être passagère; sa durée ne peut avoir qu’un temps borné, elle s’use d’elle-mème : elle s’use par les intérêts; elle s'use par l’opinion, son auxiliaire indispensable. La puissance, pour être durable, doit être fondée sur la raison, et son action réglée par la modération et la justice. Et combien les flatteurs de Napoléon, qui l’ont précipité ou maintenu dans cette voie, en caressant sa passion dominante, ont eu d’influence sur sa destinée à la fin de sa carrière! Ces flatteure sont les auteurs véritables de hi catastrophe qui l’a englouti.

La forme des provinces illyriennes, dont la largeur est dans plusieurs parties très-petite, et qui se trouvent ainsi avoir une frontière d’une immense étendue, comparée à sa surface, me détermina à mettre en dehors du système continental le pays au sud de Eiume; ainsi le pays enveloppé par les douanes se composa des provinces acquises, plus l’Istrie. Les points d’observation spéciaux furent les ports de mer et les côtes. L’étendue de celles-ci, ne pouvant être défendue par le faible corps d’armée d’Illyrie, réduit de beaucoup par l’impossibilité do l’entretenir avec les ressources du pays, me déter-

mina à m’occuper de l’établissement d’une garde nationale garde-côtes, depuis Trieste jusqu’à Cattaro. 11 en existait déjà une excellente à Raguse, à Catlaro et à Zara : je m’occupai particulièrement de celle de Trieste et d’Istrie, et je réussis au delà de mes espérances. Je développai une émulation extraordinaire dans toute cette population : l’admission dans la garde nationale fut une distinction, et, quelques privilèges plus honorifiques qu’utiles y ayant été attachés, tous les gens riches y arrivèrent en foule. Ils s’habillaient à leurs frais. Une caisse établie dans chaque compagnie, au moyen d’une légère contribution levée sur les hommes aisés, donna même les fonds nécessaires pour habiller ceux qui étaient pauvres. Tous les hommes furent exercés à la manœuvre du canon et au maniement du fusil. Je fis armer les villes deCapo-d’Istria. l'irano, Rovigno, Pola, etc., etc., et on leur confia des batteries que, dans l’occasion, ils servirent avec intelligence et courage. Pola, à cause de sa belle rade, eut quarante pièces de canon; et, comme les gardes nationales auraient été insuffisantes et que ce point avait d’ailleurs une grande importance, je leur adjoignis deux compagnies d’artillerie de l’armée. Les gardes nationales de service recevaient le pain, et, quand elles quittaient leurs communes pour le service, elles avaient la solde de l’armée.

' Jamais je n’ai vu nulle part, en aucun temps.

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