LIVRE XIII
une garde nationale si digne d’être comparée aux troupes de ligne. On peut faire des hommes ce qu’on veut. Tout est dans la manière de s’y prendre; et, quand on ne réussit pas, l’autorité a toujours tort. Je trouvai à Rovigno un ecclésiastique encore jeune, qui semblait regretter d’être prêtre, et je lui demandai pourquoi il avait choisi cet état. 11 me répondit : «Hélas! monsieur le maréchal, les idées changent suivant les temps : autrefois, tout le^ monde voulait être prêtre, comme aujourd’hui tout le monde veut être garde national. »
J’organisai ainsi, depuis Trieste jusqu’à Fiume, un corps de deux mille cinq cents hommes qui servait à merveille, ne me coûtait presque rien et m’assurait la défense des côtes. La totalité des gardes ainsi organisés à Trieste, en Istrie, en Dalmatie et en Albanie, s’élevait à une force d’environ dix mille hommes.
Je me trouve naturellement conduit à raconter ce que je fis pour délivrer l’Istrie de l’oppression exercée sur elle depuis un grand nombre d’années par une bande de brigands sous laquelle elle gémissait.
Depuis trente à quarante ans, des voleurs, au nombre de cent cinquante au moins, cantonnés entre Rovigno et Pola. dans les bois qui couvrent cette partie de la province, faisaient trembler toute la population des environs. Sous les Vénitiens, une