LIVRE xni. — CORRESPONDAXCE
cherchant à nous rendre odieux? Non, monsieur, non; vous ne pouvez pas prendre une marche qui soit plus nuisible aux intérêts de Sa Majesté.
« Vous avez établi en principe de persécuter ceux qui ont de la déférence pour nous. Eh mais, monsieur, quelle erreur vous égare, et dans quel pays des généraux qui méritent l’estime et la confiance publique ne doivent-ils pas recevoir des témoignages de déférence? Vous avez menacé de destituer de vos employés par le seul motif qu’ils sont venus quelquefois cbcz moi. Vous avez traité injustemen des hommes parce qu’ils ont montré de l’empressement a me donner des renseignements sur le pays. Vous avez suspendu pour plusieurs mois, après l’avoir menacé de destitution, un ingénieur, parce qu’il a accompagné le général Bertrand, aide de camp de Sa Majesté, dans une reconnaissance sur la Save. Vous avez menacé de destitution un autre ingénieur, s’il se rendait auprès du général Guilleminot, chargé de fixer les frontières, lors même que votre autorité sur eux est incertaine, n’ayant encore d’autre attribution que les finances.
« Mais, en vérité, monsieur, quel est l’esprit qui vous conduit? Y a-t-il guerre civile, et avons-nous des intérêts autres que ceux de l’Empereur?
« Il y a trente-six jours que les troupes françaises occupent Carlstadt. Le pays est dépourvu d’effets de casernement, et je vous ai écrit pour en faire ache-
1er. Vous avez donné des ordres et des moyens à M. Koernielitz, administrateur. J’étais autorisé à espérer que tout serait promplemeut en ordre. A mon arrivée ici, rien n'est acheté, aucun marché même n’est fait, et les troupes sont dans l’état le plus minable.
« Je suis justement indigné de l’ineptie de M. Koermelitz; el, trouvant dans M. Litardi, auditeur au conseil d’Ktat, un jeune homme plein d’intelligence, de zèle, et muni de votre confiance, je le charge d’établir le casernement. Immédiatement on éprouve les meilleurs effets des mesures qu’il a prises, et. au lieu d’applaudir, vous censurez, vous menacez, vous déclarez que rien de ce que M. Litardi a fait acheter ne seia payé, et vous nmvoyez à M Koermelitz, dont je suis autorisé à soupçonner beaucoup la probité, pour l’examen des fournitures faites à l’bôpital. Ainsi les troupes doivent être victimes de vos passions.
« N’aurai-je donc aucune action sur l’administration du pays? Ma seule qualité de chef de l’armée, et ma présence sur le lieu même, quand vous êtes à quarante lieues, auraient dû vous faire déférer avec empressement à ce que j’avais onlonné, et qui intéresse aussi puissamment la conservation des soldats. Mais, puisque j’ai d’autres pouvoirs, votre conduite est bien plus étrange.
« Monsieur l’intendant général, rien ne peut être