‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 3)Chapitre 2 sur 267 · III · texte numérisé non relu

III

MÉMOIHES DU DUC DE RAUUSE.

française cl révacnalion de Uagiise. Tout semblait donc devoir se pacilier promptement; il ne »ne restait plus qu’à m’occuper des besoins de l’armée, qui étaient immenses.

L’administration de l’armée d’Italie avait été chargée de faire vivre les troupes françaises en Dalmatie ; on ne peut exprimer sa conduite coupable, envers ces pauvres soldats, dont le sort est toujours de devenir victimes de ce que l’armée lenferme d’abject. Un commissaire des guerres, appelé Volant, envoyait de Venise des blés gâtés, qu’un autre coquin do commissaire, nommé Vancl, partageant sans doute avec lui, recevait à Zara. Le pain était infect, les hôpitaux étaient dans le plus grand abandon, les casernes sans fournitures; tout était dans l’étal le plus déplorable; plus du quart de l’armée était aux hôpitaux, où la mortalité était effrayante : c’était pire que ce que j’avais trouvé deux ans et demi avant en Hollande.

L’Empereur me donna toute l’administration. Nous pourvûmes à nos besoins par nos propres moyens; des fomls suflisanls nous furent envoyés régulièrement; la Bosnie donnait à bon marché le bétail dont nous avions besoin; la Pouille nous envoya des blés, et en quelques mois tout rentra dans l’ordre. La mortalité diminua très-sensiblement, le nombre des malades devint plus modéré, enfin il finit par être dans la plus faible proportion

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avec l’effecUf tles troupes. Je n’enlrerai pas dans le détail de ce que je lis alors, ce récit serait de peu d’intérêt; niais je dirai cependant un mot sur les hôpitaux, pour raconter des faits dont la connaissance peut être utile et qui s’appliquent à des circonstances qui peuvent se représenter.

A l’armée, les grands accidents sanitaires, si je |)uis m’exprimer ainsi, sont presque toujours le résultat de la disproportion des moyens de traitement avec le nombre des malades. Les malades mal soignés ne guérissent pas; leur nombre augmentant toujours, il y a encombrement, et il en résulte des maladies épidémiques : alors se manifestent les accidents, chaque jour plus effrayants, qui détruisent une armée entière.

I.a première condition est donc de proportionner le nombre des lits des hôpitaux au nombre présumé des malades, et de placer les établissemeiits à portée des troupes, pour dispenser des évacuations, dont les résultats sont toujours funestes, et qu’il ne faut autoriser que quand la guerre les rend nécessaires : les administrations militaires sont toujours jnètes à les provoquer, mais le général doit les refuser, quand les mouvements de l’ennemi et ceux de l’armée ne les rendent pas indispensables.

Les motifs véritables de ces évacuations intempestives sont d’abord de se débarrasser et de mettre à la charge des autres la besogne qu’on devrait gar-

MÉMOIRKS nu DUC ItE RAGLSE.

der pour soi; ensuite, d’avoir un moins grand nombre d'élablissemenls, alin de diminuer le prix de la journée d'hôpilal ; charlatanisme eoniniiin à toutes les administrations pour plaire au ministre; comme si les évacuations, indépendaniinent des intérêts de riiuinanité, n’étaient pas un supplément de dépense bien supérieur à l’économie apparente.

D’apres ces habitudes coupables, on n’avait établi qu’un seul hôpital à Zara. Cet hô|)ital ayant été bientôt plein, les malades reçurent des soins imparfaits et ne sortirent pas de l'hôpital . l’encombrement arriva bientôt. Une longue maladie entraîne toujours une longue convalescence : ainsi, les soldats guéris étaient faibles en sortant de l'hôpital; une longue route dans un pajs aussi difiicile, sous un climat brûlant, les exténuait, et, arrivés à leur corps, ils retombaient malades, étaient de nouveau envoyés à Zara, où ils mouraient.

Je changeai tout ce système ; les maladies légi'res étant généralement guéries par des secoiii-s prompts, je fis établir de petits hôpitaux à une distance des corps telle, qu’en un jour les malades pouvaient y arriver : celte disposition prévint tout encombrement. Avec un peu d'industrie, toutes les localités fournissent des ressources pour quarante ou cinquante hommes malades. I.es maladies légères, n’étant jias aggravées par un premier défaut

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Hft soins et nne longue roule, étaient proni|)tonicnt guéries; les soldats sortant de l’hôpital faisaient place à d’autres malades qui venaient y recevoir les mêmes soins; les soldats guéris, rejoignant immédiatement leurs régiments, n’étaient pas exténués par une longue route de retour, et, leur guéi'ison étant définitive, la mortalité disparaissait.

Au moyen de ce système, l’année suivante, l’armée, qui avait reçu de jeunes soldats et dont l’effectif s’élail élevé de plus de cinq mille hommes, n'eut jamais à la fois, à l’époque des plus fortes chaleurs, plus de cinq cents hommes aux hôpitaux; et cependant le relevé du mouvement général a constaté que les hôpitaux avaient reçu plus de dix mille individus. Cette multiplication d’hôpitaux avait élevé le prix de la journée d’hô[)ilal; mais devant cette économie précieuse et réelle, l’écouoniie de maladies et de malades, devait-on compter une. légère augmentation de dépense?

Malgré la paix avec les Russes, signée parM. d’Oubril, le ‘20 juillet, on ne prenait aucune disposition pour nous faire la remise de Cattaro. L’amiral Siniavin avait répondu à mes communications d’une manière vague et incertaine; il devait, au surplus, attendre les ordres de sa cour pour exécuter un traité qui n’était pas encore ratifié. Cependant le bruit de la continuation de la guerre se répandit ; l’amiral russe recevait, chaque jour, des renforts;

MEMOIRES DU DUC DE IIACCSc:.

des troupes de terre arrivaient de Corfou, sous les ordres du général Padapopoli. Ces disjmsitions ne paraissaient guère pacifiques. En supposant la paiv, on soupçonnait les intentions de l’amiral Siniavin ; on lui croyait des passions contre nous; on redoutait qu’il ne livrât Cattaro aux Anglais, comme les Autrichiens le lui avaient livré à lui-méme: d’un moment à l’autre les Anglais pouvaient arriver et entrer dans les forts; tout était incertitude et obscurité.

Dans cet état de choses, je me hâtai de faire travailler aux fortiücations de Ragusc, et on construisit, avec la plus grande activité, un fort au sommet de Saint-Sergio, et un autre dans une première position. Je fis réunir de grands approvisionnements, afin d’être libre dans mes mouvements. Je me mis en rapport et en relations d’amitié avec les commandants turcs de la frontière, avec l’agah de Mostar, Hadgi-hey du Tovo; le pacha de Trébigne et le vizir de Bosnie, pour assurer des vivres à l’armée, si leur secours devenait nécessaire. Je reprochai au pacha de Trébigne d’avoir laissé les Monténégrins franchir son territoire pour se porter sur Raguse, et de n’avoir pas empêché des sujets grecs de son pachalik de se joindre à eux. Je fis des cadeaux d’armes et de canons de montagne à ceux qui me parurent bien disposés, et avec lesquels j’eus de bons rajiporls. Il s’établit, dès ce moment, entre le

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