LIVRE XIV
elle fui déclarée telle, et reçut tous les privilèges qui en découlent. Je communiquai ces projets aux négociants de Trieste, dont l’existence se trouvait ainsi ranimée. Tout avait été si bien prévu pour l’exécution, et de si bonne heure, que, dès le mois de septembre 1810, les premières balles de coton arrivèrent à Trie.^te. Dans le cours de l’anuéo 1811, soixante mille balles y furent emmagasinées; le nombre s’augmenta et arriva depuis jusqu’à deux cent mille par an. Ce transport et ce commerce ont été d’un puissant secours pour l’industrie française pendant ce temps de souffrances et de misère; ils ont été le salut et la fortune de Trieste et de tous les pays qu’ils traversaient; ils ont enfin diminué puissamment pour eux les calamités qu’entraînait après lui le système continental.
Pendant la tournée dont je viens de rendre compte, je donnai l’ordre de prendre pos.session de deux bailliages du Tyrol, cédés par la Bavière aux provinces illyriennes, ceux de Liante et de billion. Cette réunion complétait ces provinces comme frontière militaire de celte partie de l’empire.
A mon passage à Villach, une maison d’éducation de femmes, connue sous le nom de Congrégation des vierges, établissement reconnu utile et jouis- •sant des faveure de l’opinion publique, était dans une grande détresse : je m’en fis rendre compte; je pourvus à ses besoins et j’assurai sa conservation.
i-2C MÉMOIRES DU DUC DE RAGUSE.
.!(> rentrai enfin à Laybacli, après une absence d(‘ plus de deux mois.
J’ai oublié de rendre compte de renyoi d’une députation des provinces illyriennes pour complimen-
1er l'Empereur, hommage d’usage en pareille circonstance, mais qui avait alors un but particulier d’utilité, vu le grand éloignement de la France de ce pays, et la différence de ses mœurs. Un reflet de l’éclat du trône impérial et de Paris devait frapper les nouveaux sujets qui n’avaient qu’une idée confuse de notre grandeur. En conséquence, je multipliai beaucoup les députés. Chaque province eut son représentant, et chaque régiment croate fut considéré comme une province.
Le colonel Slivaricb, seul des colonels sortant du service d’Autriche, et auquel j’avais confié le commandement du 1" régiment, fut chargé de présider lui-même la députation militaire des six régiments.
Je choisis pour chef de la députation M. Calafatti, dalmate fort considéré, homme d’esprit, auquel j’avais confié l’intendance de Trieste et de l’Istrie. Son mérite particulier et la situation de sa famille m’avaient fait déroger en sa faveur au principe, suivi loujoiii-s en cas pareil, de choisir les députés ailleurs que dans les employés du gouvernement.
Ceux qui composaient cette députation étaient au comble de la joie et du bonheur. Calafatti sur-