LIVRE XIV. - i8to. t
tout l'exprimait avec un enthousiasme difficile à peindre; il emmenait sa femme et sa fille, c’était le grand événement de sa vie et un triomphe auquel .s’associait sa famille entière. L’infortuné! et que sommes-nous en présence de l’avenir! Combien nos vœux sont souvent indiscrets ! Ce léger triomphe devait être la cause de la perle des siens et du malheur de sa vie.
Il se trouva à la fête si tristement célèbre du prince de Schwarzenberg, ambassadeur d'.Vulriche. donnée à l’occasion du mariage de Marie-Louise: et sa femme et sa fille y périrent; lui-même, blessé grièvement, eut les pieds entièrement brûlés; et. après avoir passé plusieurs mois en danger de mort, il est resté estropié le reste de ses jours.
Dans le nombre des députés, se trouvait un nommé Zanovich, que nous avions tiré des cachots de Venise, et trouvé sous les plombs à notre entrée dans cette ville. Lui et toute sa famille ont eu 1^ plus singulière destinée; exemple marquant de l’influence de l’organisation sur les facultés : j’ai raconté ailleure les circonstances extraordinaires qui la concernent.
Pendant tout ce voyage, je n’avais pas perdu un moment de vue toutes les affaires d’administration. Chaque jour, une estafette m’apportait le travail courant sur lequel je prononçais. De retour à Laybach, je rentrai dans ma vie habituelle, à la fois
vie d’affaires et de plaisirs, car je menais de front les uns et les autres avec une grande facilité.
Ma manière d’exister était très-régulière, et j’em- ' ployais bien mon temps; je ne me laissais pas absorber par des détails minutieux. On ne peut mener une grande besogne qu’en faisant travailler les autres, en employant des hommes capables, et en gardant pour soi le soin de donner la direction, de fixer les principes, et déjuger l’ouvrage. En se bornant à ce rùle, le seul qui convienne- à un grand pouvoir, on a le temps de réfléchir et de penser, la tête est toujours fraîche, c’est-à-dire en possession de toutes ses facultés. Tout aboutissait à moi; indépendamment des travaux extraordinaires tenant à l’organisation, j’avais à régler journellement ce qui tenait aux finances, à l'intérieur, aux douanes, à la justice, à la marine, qu’une commission dirigeait; à la guerre pour les troupes croates, à la guerre pour ce qui concernait l’armée française, etc. Eh bien, jamais je n’ai remis au lendemain à terminer ce que je devais faire le jour même; et chaque jour, avant trois heures, mon travail étant fini, toutes mes décisions prises, toutes mes signatures données, depuis ce moment jusqu’au soir je m’occupais de promenades, de chasses, de fêtes et de plaisirs de toute espèce.
La province deCarniole est habitée par beaucoup de noblesse très-ancienne et très-lière. Je in’oceu-