‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 3)Chapitre 228 sur 267 · LIVRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE XIV

monde compta avec soin jusqu’au vingt-deuxième; on courut ensuite aux Tuileries pour féliciter l’Empereur. On a beaucoup argumenté sur les circonstances de cet accouchement si brusque pour faire croire à la supposition d’un enfant. Le renvoi des courtisans fut une maladresse; mais jamais rien n’a été moins fondé ni plus calomnieux que le bruit répandu alors.

On en a dit autant depuis, et avec une aussi grande injustice, lorsque madame la duchesse de Berry accoucha du duc de Bordeaux avec encore plus de promptitude.

C’était mon troisième voyage à Paris depuis l’Empire. Quel que fût mon goût pour les camps, et ma passion pour la guerre, je jouissais vivement de ce séjour; mais il ne devait pas se prolonger beaucoup. Je ne devais plus revoir qu’une seule fois, à l’époque de son déclin, après les désastres de Moscou, celte cour alors si grande, si éclatante et si magnifique.

Masséna avait été envoyé en Espagne l’année précédente pour prendre le commandement d’une armée forte et bien pourvue, destinée à faire la conquête du Portugal. Arrivé jusque devant les lignes de Lisbonne, il n’osa pas les attaquer. Les besoins de toute espèce, la misère, la disette assaillirent bientôt cette armée, la désorganisèrent, et la forcèrent à la retraite.

Le général Foy, envoyé par Masséna, avait informé l’Empereur de la situation des choses. Des divisions fâcheuses existaient dans l’armée. Masséna, vieilli, s’étàit trouvé au-dessous de lui-méme; son rôle, malgré ses grandes qualités comme homme de guerre, aurait été d’ailleurs au-dessus de ses facultés, même dans son plus beau temps : il n’était donc pas étonnant qu’il n’eùt pas réussi. Mais je n’anticiperai pas sur le récit de ces événements, dont je vais m’occuper immédiatement. 11 formera le préambule de l'histoire de mes campagnes dans la Péninsule, du compte rendu de mes opérations. La retraite résolue s’exécuta, et l’armée se rapprocha de la Castille, ayant à sa suite l’armée anglaise.

L’Empereur, décidé à rappeler Masséna, me proposa de le remplacer et de prendre le commandement de cette armée; tâche difficile dans les circonstances où elle se trouvait ! Je crus cependant que cette tâche n’était pas au-dessus de mon zèle. L’Empereur me lit, suivant Son usage, les plus belles promesses en secours de toute espèce : on verra comme il les a tenues.

J’allais chereber de la gloire, il voulut stimuler mon ambition : c’était un moyen superflu pour exciter mon ardeur. Il me dit, quand je le quittai, ces propres paroles : « En Espagne sont les grandes recompenses. Après la conquête, la Péninsule est

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