‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 3)Chapitre 24 sur 267 · LIVRE X. - iRoc · texte numérisé non relu

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lion et lui imposait d’autres devoirs. Il m’assura que le peuple du Monténégro vivrait en bon voisin, ne donnerait lieu à aucune plainte, et qu’il ambitionnerait de posséder les bonnes grâces de mon souverain. Son discours, sans lui faire prendre des engagements formels, me laissa supposer la pensée de se mettre un jour sous la protection de la France. Je n’attaquai pas cette question ; la proposition devait venir de lui. Plus tard, quand je crus qu’il allait la faire, il avait changé. Le gouvernement russe n’avait sans doute jamais cessé d’attacher beaucoup de prix à l’influence qu'il exerçait sur ces contrées. Je lui promis, de notre coté, un bon voisinage, mais à charge d’une réciprocité dont il me réitéra l’assurance; et, là-dessus, nous nous séparâmes. Ce vladika, homme superbe, de cinquante-cinq ans environ, d’un esprit remarquable, avait beaucoup de noblesse et de dignité dans les manières. Son autorité positive et légale était peu de chose dans son pays, mais son influence était sans bornes.

Après avoir pourvu aux besoins de cette province et organisé son administration, j’ordonnai une levée de six cents matelots pour la flottille et la marine de Venise, ce qui s’exécuta sans diflîculté. Cette population, composée de quarante-cinq mille habitants, entretient quatre cent cinquante bâtiments patentés, dont un certain nombre fait la grande navigation. Je.mis ce pays et son adminis-

tralion sous les ordres et l'inspection du général Laurislon, et je rentrai en Dalinatie.

En arrivant à Spalatro, j’appris un crime horrible qui ui’aflligea beaucoup, commis pendant mon absence et pres(iue sous mon nom. Un certain général Guillcl, né en Savoie, ayant servi autrefois, en qualité de garde du corps, le roi de Sardaigne, avait été mis sous mes ordres à l’armée de Dalmalie. Les « brigades de mon corps d’armée étant données, je l’avais chargé du commandement de l’arrondissement de Spalatro. Cet homme était rempli d’intelligence, de finesse et de perspicacité; rien ne lui échappait; il savait tout ce qui se passait. Il m’avait été fort utile pendant la guerre par ses rapports.

En partant pour Cattaro, je l’avais chargé de recevoir des Russes l’ile de Brazza. Pendant les derniers mois de la guerre, cette ile avait été la place d’armes de l’ennemi; de là étaient parties ses intrigues, secondées par plusieurs habitants, ses agents dévoués. Bien plus, ces mêmes habitanLs avaient armé des corsaires et fait plusieurs prises sur nous.

Il fallait faire un exemple. Je donnai l’ordre au gé- ' néral Guillet de faire une enquête aussitôt qu’il serait maître de l’ilc (pei-sonne n’y était plus propre que lui), de faire arrêter les principaux coupables et d’attendre mon retour. Au lieu de cela, le général Guillet fit arrêter, non les plus coupables, mais les plus riches ; et, pour doaner aux détenus une

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