LIVRE X. — 1806-I80T
(Il
idi'C de son autorité, il fit fusiller, sans jugement, un des hommes arrêtés, accusé d’avoir armé un corsaire; puis il mit les autres en liberté pour de l’argent. A mon arrivée, tout le monde était silencieux et dans la stupeur; mais de pareils torls devaient venir enfin à ma connaissance. On devine mon indignation. Le général Guillet, interrogé, se renferma dans une dénégation absolue. Je lis appeler les hommes mis en liberté; ils me déclarèrent ce qui s’était passé et les sommes données à un aide de camp du général Guillet, qui avait disparu an premier mot prononcé sur cette allaire. Je déclarai au général Guillet qu’il allait être traduit devant un conseil de guerres!, à l’instant, l’argent n’était pas rendu. 11 ne se le fit pas répéter deux fois. L’argent ayant été restitué en ma pirsence, je renvoyai de l’armée ce misérable. L’Empereur le fit rayer du tableau des officiers généraux, et, depuis, il a servi dans les douanes.
Le ix'pos qui survint, les loisirs dont je jouissais, et la probabilité dé les voir se prolonger quelque temps, me donnèrent l’idée d’entreprendre la continuation de la grande communication longitudinale de la Dalrnatie, de Knin à Raguse, ouvrage gigantesque sans doute, mais que d’autres achèveraient après moi si je n’avais pas le temps de le terminer. Des paysans seuls pouvaient être employés à son exécution. La longueur des travaux et
leur durée probable , les localités par lesquelles celte roule devait passer, obligeant à des bivacs continuels, auraient fatigué les troupes. Les constructions sont fort de mon goût; mais cependant, avant tout homme de guerre, je voulais conserver mes soldats pour combattre quand le moment serait venu; car, dans ce tcmps-là, il ne fallait qu'un peu de patience : on était bien sûr de voir la guerre arriver.
On connaît la pauvreté et la paresse des Morlaques. En leur imposant l'obligation de travailler, je neleur faisais aucun mal. Le plus grand nombre manque loujoursde subsistances avant la récolte; en les appelant au travail, il fallait leur donner des vivres : ainsi c’était améliorer leur position. Bien plus, le travail, étant une chose d'habitude, finit par entrer dans les goûts et devient nécessaire à riiomme qui y est accoutumé. Des paysans, après avoir travaillé pendant quelques années pour l’État, trouveraient beaucoup plus doux ensuite de travailler pour euxmêmes afin d’améliorer leur sort. C’est une éducation qui les dispose à devenir meilleurs.
Je fis faire dans la province un recensement général des hommes en état de travailler. Tous y furent compris sans exception, n’importe leur classe. Tout le monde eut la permission de se faire remplacer; ainsi l’on ne demandait aux gens riches que de l’argent. La totalité des hommes propres au tra-