I,E MARÉCHAL M ARMONT AU MINISTRE DE LA GUERRE
c Laybnch, lo 5 novembre 1810.
« Monsieur le duc, je reçois seulement aujourd’hui ô novembre la lettre que Votre Exex'llence in’a fait l’honneur de m’écrire le H octobre, cl qui est relative à différents renseignements que demande Sa Majesté sur les régiments croates. — .le ne perds pas un instant pour y répondre.
« Il n’y a eu aucun changement dans l’organisiitiondes régiments croates. Je me suis contenté d’étudier les règlements autrichiens, de les remettre en vigueur et de suppléer aux lacunes qu’avait laissécslaséparation de l’.Vutriche. Mieux j’ai connu l’organisation de ces troupes, et plus j’ai été convaincu qu’il fallait être extrêmement réservé et ne faire aucun changement. Je vais entrer dans les détails que désire Votre Excellence.
« A l’époque de la prise de possession de la Croatie, les Autrichiens ont fait ce qui était en leur pouvoir pour y jeter la confusion. Les registres ont été détruits ou emportés; les principaux officiers d’économie, qui avaient l’ensemble de l’administration, ont passé la Save, ainsi que les colonels et lieu-
MVRE XIV. — CORRESPOXD.iV.NCE. .VOi tenants-colonels; de manière que tous les documents qui pouvaient nous éclairer nous ont manqué pendant longtemps. D’un autre côté, les règlements de l’organisation des Croates, qui datent de trè.s-loin, qui ont été modifiés en 17Ô4, sont très-volumineux; nulle part nous ne les avons trouvés rassemblés; et ce n’est qu’avec beaucoup de peine que nous avons pu nous en procurer la plus grande partie. Enfin le siège du commandement et de l'administration centrale de ces régiments était à Agram. Ainsi tous les documents que renfermait ce dépôt se sont trouvés perdus pour nous. Il a donc fallu marcher avec beaucoup de circonspection et étudier tous les détails de ces régiments avant d’oser donner aucun ordre.
« Des colonels français ont été placés à la tête de ces régiments, et parce que les Croates manquaient d’officiers supérieurs, et parce qu’il était convenable de leur donner des chefs sûrs et les accoutumer à nous obéir. Slivarich, qui était major-commandant de bataillon, a cependant été placé comme colonel, afin de faire connaître aux officiers croates qu’ils pouvaient parvenir à ce grade; et, pour récompenser l’ardeur et le zèle qu’il montrait, tous les lieutenants-colonels ont été clioisis parmi les Croates, afin d’aider les colonels de leur expérience et de leurs connaissances locales, à l’exception de celui du régiment que commande le
colonel Slivarich, qui a été choisi parmi les Français.
« De (leux chefs de bataillon qui existent dans chaque régiment, un a été choisi parmi les Français, l’autre parmi les Croates.
a Malgré tous ces soins, j’ai eu bientôt lieu d(* , m’apercevoir que les régiments étaient menés d’une manière arbitraire et sans uniformité. Comme il n’y avait (pi’un contrôle et une surveillance éclairée qui pussent y suppléer, je me suis hâté d’y remédier en établissant l’un et l’autre.
« Sous les Autrichiens, tous les régiments croates étaient sous la surveillance d'un commissaire des guerres par brigade; d’un commandant en chef résidant à Agram , remplissant les fonctions d’ordonnateur et d’inspecteur aux revues; du général commandant en Croatie, ayant la haute main sur l’administration, et qui correspondait avec la direction des frontières, à Vienne.
« Il m’a paru indispensable d’établir quelque chose d’analogue; mais, comme nous étions ignorants sur tout; qu’à chaque instant des questions nouvelles se présentaient; que nous n’avions pu encore nous procurer toutes les lois, et que, faute de les connaître, les dispositions les plus sages restaient sans exé'cution. j’ai pensé qu’un commissaire seul ne suffirait pas pour établir l’ordre et l’ensemble dans toutes les parties du service, et qu’il était