LIVRE X. — CORRESPOXDAXCF
vant-gardc de son armée et chasser les Russes au delà du I\'iéinen. L’infanterie russe ne vaut pas la nôtre, et, dans les affaires qu’il y a eu, il n’y a point d’exemple qu’elle nous ait fait ployer.
« Un courrier, parti de Constantinople le 2 janvier, arrive à Varsovie. Le 50 décembre, la Porte avait déclaré solennellement la guerre à la Russie, et, le 29, leur ambassadeur était parti avec cinq à six cents personnes. Grecs ou autres, attachées à la Russie. Il règne à Constantinople un grand enthousiasme pour cette guerre.
« L’armée du général Michelson, forte de trente mille hommes, avait, dix mille hommes à Rucharest; les Turcs avaient quinze mille hommes. Il y a eu quelques escarmouches de peu de conséquence. Vingt régiments de janissaires sont partis de Constantinople : on annonce que vingt autres sont partis d’Asie pour passer en Europe. Déjà près de soixante mille hommes étaient réunis à iiazof : Paswan-Oglou en a vingt mille. Le courrier dit que, dans toute la Turquie, on déploie la meilleure volonté. Vous connaissez, général, les Turcs de l’Asie, mais ceux d’Europe sont meilleurs; ils sont plus accoutumés au genre de guerre européen et ils ont souvent eu des succès. 11 est possible que l’armée de Michelson arrive au Danube; mais le passera-t-elle? on ne doit pas le croire.
« L’intention de l’Empereur, général, est que
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MÉMOIHES DU DUC DE DAGUSE.
VOUS envoyiez cinq ofliciers du génie et autant de l’artillerie à Constantinople. Vous écrirez au pacha de Bosnie, à celui de Scutari, afin qu’ils vous envoient des firmans que ces officiers sont arrivés. Envoyez des officiers d’état-major aux pachas de Bosnie et de Bucliarest ; aidez -les de tous vos moyens, comme conseils, approvisionnements et munitions dont vous pourrez disposer. Il serait possible que la l'orte demandât un corps de troupes, et ce corps ne peut avoir qu’un objet, celui de garnir le Danube. L’Empereur n’est pas très-éloigné de vous envoyer vingt-cinq mille hommes par Widdin, et alors vous rentreriez dans le système de la grande armée, puisque vous en feriez l’extrême droite; et vingt-cinq mille Français qui soutiendraient soixante mille Turcs obligeraient les Russes, non pas à laisser trente mille hommes, comme ils l’ont fait, mais à y envoyer une armée du double, ce qui ferait une grande diversion pour la grande armée de l’Empereur; mais tout cela n’est encore qu'hypolhéüque. Ce que vous pouvez faire dans le moment, général, c’est d'envoyer vingt et trente ofliciers si les pachas vous les demandent; mais ne donnez point de troupes, à moins que ce ne soit qtielqucs détachements, à cinq ou six lieues des frontières pour favoriser quelques expéditions. Sa Majesté me charge de vous dire que vous pouvez compter sur les Turcs comme sur de véritables