LIVRE XI. — I808-1S
cette protection, IcsRagusais avaient cédé au Grand Seigneur une double lisière de terre pour les séparer de la Dalmatie et des bouches de Cattaro, et ne pas être en contact avec les Vénitiens.
I.a population de l’Ëtat de Raguse ne s’élevait pas au delà de trente-cinq mille Ames, et son territoire se composait d’une langue de terre allant des bouches de Cattaro à la Dalmatie, et de quelques lies. Un corps de noblesse, dont l’ancienneté dépasse de beaucoup celle des plus vieilles maisons de l’Europe, possédait la souveraineté de temps immémorial. Plusieurs familles font remonter, avec les droits les plus évidents, leur origine au huitième siècle : elles sont contemporaines de Charlemagne; leur filiation est bien établie; dès ce même temps, elles étaient riches et puissantes. Telle est la famille Gozze, dont l’ancètre, lorsqu’il vint s’établir à Raguse et fut admis au partage de la souveraineté, était un seigneur bosniaque très-riche en bestiaux. Ün conçoit l’orgueil de 'cette aristocratie.'
L’organisation politique, en rapport sur plusieurs points avec le gouvernement vénitien, consacrait un grand conseil où tous les nobles, âgés de vingt et un ans, étaient admis; ce conseil décidait de toutes les grandes. affaires; un conseil de dix formait le gouvernement avec le recteur. Celui-ci demeurait au palais, jouissait des honneurs du gouvernement, recevait les étrangers, etc.; mais il
m MÉMOIRES DU DUC DE RACUSE.
clKiiigeail tous les mois. La simplicité du chef de la république eût pu nuire à sa dignité; aussi ne pouvait-il jamais sortir du palais pendant le jour, excepté pour les processions solennelles, où il était revêtu de tous les attributs de son pouvoir.
La bourgeoisie de Raguse, recommandable par scs mœurs et son instruction, se composait presque entièrement de capitaines de commerce ou d'hommes retirés des affaires. Les nobles ragusais ne naviguaient pas; mais ils avaient tous des intérêts dans les bâtiments de commerce. Les tribunaux étaient choisis, pour un temps fi.\e, parmi les nobles, ainsi que les délégués des administrations des différents districts.
Les habitants de la campagne, attachés à la glèbe, dépendaient des nobles auxquels les villages appartenaient. Jamais on n’a vu un pays plus heureux, plus prospère par une louable industrie, une sage économie et une aisance bien entendue. Chacun avait sa propre maison et n’était pas réduit à loger chez un autre; maison petite, mais propre, meublée convenablement avec des meubles achetés en France ou en Angleterre. Chaque famille avait aussi sa maison de campagne, soit à Gravosa, soit au val d'Ümbla, à Malfi ou à Breno. Quelques familles riches en avaient deux qu’elles habitaient suivant les saisons.
Ce territoire, si borné, était cultivé admirable-