LIVRE XI
nient, l’as un pouce de terre n’était négligé. Pour en augmenter la surface, on bâtissait des terrasses partout où cela était possible. Les mœurs étaient très-douces dans toutes les classes, chez les paysans heureux et laborieux, chez les bourgeois qui avaient beaucoup voyagé et où il y avait de l’aisance, et chez les nobles dont l’éducation était faite ordinairement à Sienne, à Bologne, ou dans quelque autre ville de l’Italie, d’où ils rapportaient dans leur patrie des 'mœurs polies et beaucoup d'instruction. L’habitude d’une situation élevée et du pouvoir leur donnait le ton et les manières des plus grandes villes et des gens les plus considérables de nos pays. Les femmes y participaient tellement, i|ue les dames de Raguse auraient pu être comparées et confondues avec les plus grandes dames de Milan et de Bologne. Des savants, illustres comme le père Doscovicb, des littérateurs d’un ordre distingué, et de mon temps l’abbé Zamagna, faisaient l'ornement et les délices de cette ville. Le véritable lerritoirc des Ragusais était la mer; un pavillon neutre leur donnait le moyen de l’exploiter avec beaucouji d’industrie et de bénéfices.
Cette petite population entretenait deux cent soixante-quinze bâtiments, qui tous faisaient la grande navigation et allaient dans tous les ports ^ de l’Europe, quelquefois aux Antilles, et dans l’Inde.
Ilf. MÉMOIRES DU DUC DE RAGUSE.
C’ost celte heureuse population à laquelle nous sommes 'venus enlever brusquement la paix et la prospérité. Sa douceur était telle, qu’ayant été traitée avec équité et désintéressement par les délégués d’un poiivoir oppresseur, elle n’en a jamais voulu aux individus qui ont été involontairement les agents de leur infortune : c’est tout au plus s’ils en voulaient à l’auteur de leui’s maux. Je parle de la population en masse; car, pour le corps de la noblesse, si elle n’en voulait pas aux généraux, elle savait bien quels sentiments elle devait à l’Empereur.
.rajouterai un mot sur les mœurs intérieures. La noblesse se divisait en deux fractions, toutes les deux égales en droits, mais non en considération. Les dénominations de Salamanquais et Sorbonnais, servant à les distinguer, datent probablement de l’époque des guerres entre François I" et Charles V, et dépendaient sans doute du lieu où on avait étudié, et du souverain qu’on servait. Les premiers, plus considérés et en général plus riches, passaient pour très-intègres : dans leurs fonctions de juges, ils étaient incorruptibles. On accusait les autres de vénalité, et le plus grand nombre était fort pauvre. 11 est impossible d’exprimer le mépris des Salamanquais pour les Sorbonnais. Égaux en droits, volant dans la même salle, sur les mêmes questions, ils ne se saluaient pas dans la rue. Un Salamanquais épon-