‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 3)Chapitre 61 sur 267 · I.IVHE' XI · texte numérisé non relu

I.IVHE' XI

propres conducteurs. Les rations de vivres étant composées en partie de biscuit et en partie de riz, les soldats purent porter, sans se fati<,nier, huit jours de vivres. Après avoir formé les garnisons ainsi que je l’ai indiqué, et laissé les places entre les mains d’offîciei-s capables, à la fin de mars, je réunis, dans les environs de Zara, de Benkovatz et d’Ostrovitza, l’armée prête à entrer en campagne. Sa force était de neuf mille cinq cents hommes d’infanterie, formés en deux divisions ; première division commandée par le général Montrichard, deuxième division par le général Clauzel, et composées des régiments suivants : 8' et 18* d’infanterie légère, 5', 11', 23*, 79', 81' d’infanterie de ligue, quatre cents chevaux, douze pièces de canon.

L’armée autrichienne en présence, plus du double de la mienne, se composait, il est vrai, de troupes d’une qualité fort inférieure, de di.x-huit bataillons, tous croates, forts chacun de douze cents hommes, savoir : les quatre bataillons du régiment de Licca, et deux bataillons de chacun des sept autres régiments. La cavalerie avait quatre escadrons de dragons légers, de sept cents chevaux, et l’artillerie vingt-quatre bouches à feu. Ces troupes étaient .sous les ordres du général Stoisevich. J’avais de plus à combattre la population entière, qui, par son organisation, est soumise aux dispositions mi-

litaires, s’arme, se meut, et exécute tout ce qui lui est ju’escrit.

Celte or-fanisalion de la population me donnait la certitude qu’après avoir obtenu des succès, après avoir conquis le pays, je ne recevrais aucun secours des habitants, et ne trouverais que des villages abandonnés et des maisons désertes. La difficulté de ma position et mon isolement devaient m’empècber de négliger aucun secours. J’essayai, par la politique, une petite divci'sion qui me réussit et me fut utile alors, ma is qui, plus tard, me causa quelques embarras. Lors de la paix de Sistow, conclue entre les Autrichiens et les Turcs, en 1791, une langue de terre bordant le pied des montagnes dans la vallée de rUiina, et située sur la rive gauche de celte rivière, fut cédée par la Porte à l’Autriche. Ce territoire, très-fertile, fort habité, et d’une longueur de vingt lieues environ, est défendu par la forteresse de Czettin, dont les Autrichiens, commandés par le général Devins, ne s’emparèrent qu’après trois semaines de tranchée ouverte. Une question de souveraineté pour les Turcs est en même temps une question de propriété; car, comme ils répugnent à vivre sous une domination chrétienne, quand le Grand Seigneur cède un territoire, souvent (en Euro|)e du moins) ceux qui l'habitent abandonnent leui's champs et se retirent. Il en fut ainsi à l’époque dont je parle : alors le Grand Sei-

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