LIVRE XI. — CORRESPÜND'ANCE
ment, celle rcsponsabililé ne serait point couverte parla, tellement que, dans aucun cas, Votre Excellence ne peut Se dispenser d’écrire au ministre, même en écrivant à l’Empereur.
« Ces nouvelles dispositions, qui rendront mes relations avec Votre Excellence plus particulières et plus fréquentes, seront, par cela mémo, d’autant plus agréables pôur moi, et je mettrai toujours de l’empressement à lui en donner des preuves. Je me plais à croire que Votre Excellence voudra bien les envisager de la même manière et apporter aussi, dans nos communications, la confiance qui peut les rendre utiles au bien du service et satisfaisantes pour chacun de nous. »
M.VRMüXT A .NAl'OI.fiüX.
« 3 janvier 18(19.
« Sire, accusé dans mes intentions, traduit devant l’opinion publique dans le journal officiel de Milan, j’ose en appeler à Votre Majesté, et je la supplie de me permettre de lui présenter un narré fidèle des faits.
« Il y a deux ans et demi, Sire, que je suis en Dalmalie, et j’ai eu le temps d’étudier et de connaître les mœurs et le caractère de ses habitants. 11 ne m’a pas fallu longtemps pour voir la grande influence dont joui.sscnt les moines franciscains, leur
1XÜ MCMOIIIES DU DUC DE RAGL'SE.
grande autorilé et rimporlancc dont ils sont. Us desservent la moitié des paroisses de la province, ils sont instruits, tandis que les prêtres séculiers sont d’une ignorance absolue. Le peuple les aime, les estime, et ils méritent ces sentiments par leur conduite envers lui. — Enfin il m’a paru démontré qu’ayant les moines dans vos intérêts, le peuple de la province vous serait toujours fidèle, quelque circonstance qui survint, et que, au contraire, si les moines avaient une opinion diiïérente et que vous eussiez la guerre avec l’Autriche, la population se • soulèverait, et, au lieu de nous donner les secours que nous avons droit d’attendre d’elle, nous causerait beaucoup d’embarras.
« Cette double considération aurait sufli pour me faire traiter avec égards et un soin tout particulier l’ordre des Franciscains, mais elle n'est pas la seule qui m’ait dirigé : tous les chrétiens catholiques de la Bosnie sont desservis par deux couvents de cet ordre; une grande partie de ceux de l’Albanie l’est par des moines semblables, et ils correspondent tous entre eux. Si l’ordre de Saint-François est content en Dalmatie et qu’il soit traité avec égards et soins par la première autorité, celle surtout qui peut avoir action dans les provinces turques limitrophes, les moines de Bosnie et d’Albanie sont alors dans l’espoir d’un heureux avenir; ils vous sont dévoués, et dès lors les chrétiens sont à votre
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disposition absolue, chose, qu’il ne faut passe dissimuler, qui n’existerait pas sans cela, attendu que IWutriche, depuis longtemps, a jeté de profondes racines parmi eux. Enfin les moines franciscains de la Dalmatie me paraissent, pour le moment, le meilleur moyen et le plus sûr pour obtenir de la province tout ce qu’elle doit à son souverain, spécialement sous le rapport de la conscription, pour former une opinion favorable et établir des relations utiles dans toutes les provinces limitrophes de la Turquie.
« D’après ces observations, j’ai cru qu’il était de mon devoir de chercher à faire revenir les moines de. l’opinion qu’ils avaient conçue de nous, et j’y suis parvenu. Ces moines sont, je crois, aujourd’hui, par suite de mes démarches, tels que les intérêts de Votre Majesté le commandent; ceux d’une des deux provinces religieuses qui les composent m’ont prié d’être leur [)rotecteur, c’est-à-dire leur patron et leur intercesseur auprès du gouvernement; c’est un usage établi ici de temps immémorial et constamment suivi chez eux, comme chez tous les autres moines, que de s’en choisir ainsi. — C’est un usage qui existe également aujourd’hui encore à Venise et dans presque toutes les villes d’Italie, ainsi que Votre Majesté pourra s’en convaincre en jetant les yeux sur la note ci-jointe, faite de mémoire par des Italiens dignes de foi, {>our ce qui regarde l’Italie,
ol sur mes propres rerherches, faites il y a longtemps, pour ce qui concerne la Dalniatie.
« Cependant il paraît que ce témoignage de respect des moines franciscains en Dalmatie a blessé le prince vice-roi; s’il blâme la chose en soi, elle ne devrait plus subsister dans aucune des villes d’Italie et de Dalmatie; s'il ne la blâme qu’en moi, j’ignore à quel titre; car je ne suis pas dans une catégorie particulière. D semble qu’on voudrait accuser mes intentions lorsque le premier acte que j’ai fait a été de donner à chacun des couvents le portrait de Votre Majesté. On semble m’accuser de sortir de ma •place loi-sque précisément, il y a quinze jours, ayant découvert par hasard que, selon l’ancien rituel en usage à Venise, on comprenait mon nom dans les prières publiques de toutes les églises de la province, comme commandant de l’armée, j’ai fait écrire circulairement pour le défendre, en motivant cette disposition sur l’inconvenance qu’il y a de prononcer jamais le nom d’un sujet avec celui de son souverain. Enfin, Sire, c’est un homme qui vous porte un attachement et un dévouement sans bornes depuis quinze ans, et qui donnerait jusqn'à la dernière goutte de son sang pour votre personne, qu'on suppose vouloir vous manquer de. respect. Sire, si j’étais dans l’erreur, peut-être la pureté de mou cœur et de mes sentiments mériterait-elle quelque ménagement, et peut-être aussi alors vous