LIVRE XI. — CORRESPOND.\XCE
pour enlever la position de vive force, l’ennemi s’occupa à le tourner. Il allait être en péril lorsque j’ordonnai au général Clausel d’envoyer au général -Delzons les trois bataillons du 11' régiment, sous les ordres du colonel Bachelu, pour, non-seulement soutenir et assurer le 8' régiment, mais encore pour prendre l’offensive et menacer la retraite de tout ce corps ennemi qu’il avait tourné.
((Le général Delzons fit le meilleur emploi de ces forces, et le 1 1' régiment soutint, dans cette circonstance, son ancienne réputation, et, en moins de trois quarts d’heure, l’ennemi perdit de vive force ou évacua toutes ses positions.
(( Ce succès mit lin au combat.
(( Pendant la nuit, on s’occupa avec la plus grande activité à rétablir le pont, qui avait été coupé. Mon intention était de le passer avant le jour avec toutes mes forces, pour me trouver le plus tôt possible sur la communication de l’ennemi, ne supposant pas qu’il retardât un seul instant sa retraite.
(( Les travaux du pont furent plus longs que je ne l’avais pensé, et le transport de cinq cents blessés fut tellement dillicile, qu’à midi les troupes n’^étaient pas encore en état d’exécuter leur mouvement. D'un autre côté, l’ennemi avait fait un mouvement offensif, avec quatre ou cinq mille bomme.s, en remontant la Licca. Cette confiance de
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Mf.MOinES DU DUC DE DAGUSE.
l’ennemi semblait devoir provenir de l’arrivée prochaine dn secoui’s qu’amenait le général Cneswich, que l’on disait à peu d’heures de marche. Ma position devenait embarrassante : l’armée était divisée par un ruisseau extrêmement diffîcilc à passer. L’ennemi semblait se disposer à tomber sur la partie de l’armée qui passerait la dernière. Une fois le ruisseau passé, il fallait renoncer à toute retraite si les renforts annoncés à l’ennemi défendaient le marais d’Ottochatz. Il était difficile,. ayant une armée en queue, de pouvoir les passer et de se soutenir entre Ciospich etOttochatz, faute de vivres, et cinq cents blessés, des équipages et rarlillerie mettant un grand .obstacle à nos mouvements, et les dernières nouvelles de l’armée d’Italie n’étant que de Vicencc.
(( D’un autre côté, repasser le ruisseau était renoncer à l’offensive et ajourner d’une manière indéfinie notre jonction avec l’armée d’Italie; c’était changer en une opinion de défaite une victoire complète remportée la veille. Il était possible qm si le général Cneswich arrivait, il fût battu séparément ; enfin les soldats avaient encore six jours d(' vivres dans leurs sacs, et, si les circonstances devenaient aussi critiques qu’on pouvait l’imaginer, je pouvais encore, en détruisant mon artillerie, ni’a|)prochcr assez de l’armée d’Italie pour être dégagé par elle.
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LIVHE XI. - CORRESPO.XDANCE.
c< Les deux partis étant extrêmes, je choisis celui qui était le plus honorable, et je persistai dans ma première résolution. La fortune sourit à ma confiance : la division Montrichard passa le ruisseau sans être inquiétée; et, aussitôt que la tète de mes colonnes se montra à l’entrée de la plaine, l’ennemi se ‘disposa* à la retraite ,* rappela les troupes qui avaient passé la Licca et vint se former devant nous avec sept bataillons et une grande quantité d’artillerie, pour battre ‘les débouchés par les- • quels nous devions arriver des montagnes dans la plaine.
« Le général Delzons , à la tête du 25*, gagna autant de terrain qu’il put sur les bords du ruisseau; et à peine le colonel Plauzonne, qui commandait la brigade du général Soyez depuis sa blessure, eut-il formé les 5* et 18* régiments, qu’il marcha à l’ennemi et le força à la retraite. — Nous gagnâmes dans un instant assez de terrain pour former l’armée sans danger.
« Ce combat est fort honorable pour le colonel Plauzonne et pour le 5* régiment. La nuit qui survint nous empêcha de profiter de ces succès, et, au jour, nous ne vîmes plus l’ennemi.
« Le 25, nous entrâmes à Gospich. Le 24, nous marchâmes sur Ottochatz, où était encore l’arrièregarde de l’ennemi, forte de six bataillons, l’artillerie et les bagages. Les ponts étaient coupés; nous m. 14
S'O MËMOIltES DU DUC DE RAGUSE.
tournâmes tous les marais d’Oltoclialz; et le général Delzons, à la tète du S' régiment d’infanterie légère, soutenu par le 23', de la division Clausel, chassa l’ennemi de toutes les positions qu’il ocaipait pour couvrir la grande route. O combat fut brillant pour le 8' régiment comme tons ceux qui l’avaient précédé. Le général Delzons, selon son usage, conduisit cette affaire avec beaucoup de talent et de vigueur. Il y a reçu une blessure qui, j’espère, ne l’empêchera pas de reprendre bientôt du service. Si le général Montrichard, par une lenteur inouïe et contre tout calcul, ne s'était pas trouvé de. trois heures en arrière, l’arrière-garde de l’ennemi était évidemment détruite, l’artillerie et les bagages pris.
« Dans la nuit, l’ennemi s’est retiré en toute hâte sur Carlstadt; quelques bagages sont encore tombés entre nos mains.
« Le 26, nous sommes entrés à Segna, et, le 28, à Fiume, où l’armée se rassemble le 29, et d’où elle partira, le 51, pour se joindre à l’armée d’Italie.
« ii’ennemi, dans cette courte campagne, a eu environ six mille hommes hors de combat et un très-grand nombre de déserteurs. Nous avons combattu ou marché tous les jours pendant douze heures; et les soldats, au milieu des privations, des fatigues et des dangers, se sont toujours montrés dignes des bontés de Votre Majesté. Je devrais faire l’éloge de tous les colonels, ofliciers et soldats, car