I.E MARÉCHAL MARMONT A NAPOLÉON
1 2 septembre 1813.
« Sire, je reçois la lettre que Votre Majesté m’a fait l’honneur de m’écrire. Je n’exécute pas l’ordre qu’elle contient, parce que les circonstances sont de nature à en rendre l’exécution impossible, et que, faute apparemment de m’être bien expliqué, Votre Majesté ignore le véritable état des choses.
« D’abord, hier soir, les ordres de Voire Majesté m’oiil trouvé près de Falkenlieim. La plus grande partie de mon artillerie et de mes munitions est déjà à Dippoldiswald, et toute la journée ne suffirait pas pour la faire revenir devant l’ennemi.
« Ensuite, comme j’avais eu l’ordre précédemment de prendre position à la droite du maréchal Saint-Cyr, pour défendre les débouchés de la Bohème, la première opération que j’ai faite dans cet objet, pour soutenir la position que j’avais prise à Altenbourg, a été de faire des abatis sur toutes les communications directes, pendant l’espace de plusieurs centaines de toises. Toute la journée ne suflirail pas pour les détruire, et cependant la chose est indispensable pour pouvoir déboucher.
'« Ouantà l’ennemi. Sire, il n’a pas immédiatement l’attitude offensive, et il n’y a pas eu
de la griiiide chaine une quantité assez considérable de troupes pour espérer quelques résultats «‘U cherchant à les combattre.
« Je vais récapituler rapidement ce qui s’esi passé depuis cinq jours, afin que Votre Majesté puisse juger elle même la situafiôfi de l’ennemi.
« Je l’ai poussé dans sa retraite de toutes mes foi ’ces et je l’ai combattu près de Dippoldiswald, à Falkciibeim et à Altenbourg. Il a été culbuté partout et nous lui avons pris ou forcé à détruire en-
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viron quatre cents voitures, la plus grande partie d’artillerie. Le jour du combat de Zinnwald, j’ai porté une avant-garde à une lieue en avant, c’està-dire à deux lieues de Tœplitz. De Zinnwald on voit Tœplitz et le plus épouvantable défilé que j’aie jamais vu. Le soir de ce combat j’ai appris l’événement arrivé au général Vandamme, et, cet événement changeant tout à fait ma position, j’ai dû m’arrêter, et j’ai passé le jour suivant sur le plateau de Zinnwald. ayant toujours mon avant-garde dans la même position. Celle avant-garde fut attaquée avant-hier par l’ennemi; elle le battit, lui tua beaucoup de monde et conserva sa position. L’ennemi revenant à son entreprise, il était facile de voir, à l’immense quant ilé de feux qui se voyaient dans la plaine de Tœplitz, qu’il y avait une grande armée au débouché. Par d’autres rapports je suis aussi informé que des retranchements et une nombreuse artillerie ferment ce passage.
« Ayant eu l’ordre de m’appuyer sur le maréchal Saint-Cyr, je me suis replié hier de Zinnwald sur .\ltenbourg où j’ai pris position.
« Toute la journée d’hier a été employée à faire des abalis cl à établir un bon système défensif. Ayant reçu l’ordre de mouvement sur Dippoldiswald, je me suis mis en mesure de l’exécuter, et mon artillerie est partie hier au soir. Sa marche a
été pressée ce matin par la lettre que Votre Majesté m’a écrite hier à cinq heures du soir, par laquelle elle m’ordonne de me mettre en mesure de passer le pont de Dresde le 3, de manière que mon corps d'armée se trouve de Falkenheim à Dippoldiswald, cinq heures après le départ des dernières troupes de Zinmvald.
« L’ennemi a présenté d’abord quelque monde, ensuite environ quatre mille hommes, sans canons ni cavalerie. Ces troupes, je les ai vues, elles étaient près de moi, parce qu’un défilé, des bois et des marais nous séparaient; mes postes ne pouvant pas être placés plus avant, parce qu’ils auraient été bientôt enlevés. Des jiaysans m’ont rendu compte (mais je ne les ai pas vus) que six mille hommes, Russes et Prussiens et du canon, étaient arrivés sur les hauteui’s de Furstenau. Enfin les seuls indices que j’aie sur les changements de projets de l’ennemi sojit que l’armée, qui était en pleine retraite sur Thiresmstadt, est revenue sur Tœplitz et s’est placée au pied de la montagne,' et enfin que les paysans qui arrivent de Tœplitz, où ils avaient accompagné les Russes, pour leur servir de guides, disent que rennemi veut retourner devant Dresde. Et je conclus de tout cela. Sire, que, si le projet existe, le moment de l’exécution n’est pas encore arrivé.