LIVRE XVI
Grossgorschen et s’éloigna complètement du champ de bataille.
Cette bataille fut glorieuse pour l’armée française, dont les troupes, composées en grande partie de nouvelles levées, montrèrent beaucoup de valeur. Les résultats en trophées et en prisonniers furent nuis, attendu notre manque absolu de cavalerie.
Le soir de la bataille, l’Empereur dit à Duroc : « Je suis de nouveau le maître de l’Europe. » Cette bataille de Lutzen, bonne conception de la part de Witlgenslein, avait été mal donnée. 11 eût dû attendre, pour attaquer, le moment où l’armée française eût été plus engagée du côté de Leipzig, et en même temps agir avec tous ses moyens réunis. En effet, le corps de Miloradowitsch, détaché, ne combattit pas. Wittgenstein devait agir promptement et en masse par la gauche; une défaite complète des troisième et sixième corps aurait eu une trèsgrande influence sur le sort de la campagne. La disproportion de nos forces, si l’ennemi eût agi avec plus d'ensemble, jointe à l’avantage résultant de la nature du pays et de sa nombreuse cavalerie, l’autorisait à l’espérer. — D’un autre côté. Napoléon avait rapidement réparé sa faute en marchant en toute hâte au secours de ses corps engagés. Il s’exposa beaucoup en ralliant et ramenant à la
MEMOinES DU DUC DE UACUSE.
diarpre les troupes du troisième corps, qui avaient été culbutées. C’est probablement le jour où, dans toute sii carrière, il a coimi le plus de dangers personnels sur le champ de bataille.
Ku ce moment, toutes les troupes françaises réunies en Allemagne s’élevaient à cent soixante-quinze mille hommes, et cent et quelques mille seulement étaient rassemblés sur le champ de bataille de Lutzcn.
On estime, et des documents pris à bonne source fout croire que la totalité des forces russes et prussiennes ne leur étaient pas de beaucoup inférieures; quatre-vingt-dix mille hommes se trouvaient à Lutzen ou à portée.
Le 3 mai, l’ennemi s’étant retiré sur Pégau, dans la direction de Dresde, le duc deTarente fut mis à sa poursuite. Je me rendis à Lôbnitz, et je dirigeai des avant-gardes sur Berna. Le troisième corps, ayant le plus souffert pendant la bataille, resta à Lutzen; il était d’ailleurs destiné à passer 1 Elbe à Witfenberg.
Je marchai au soutien du onzième corps, qui eut plusieurs engagements plus ou moins sérieux, entre autres à Colditz. L’ennemi continua son mouvement en bon ordre sur l’Elbe, eu marchant sur diverses colonnes; mais la majeure partie prit la direction de Dresde.