LIVRE XVI
reste de celte division resta en réserve pour pourvoir aux cas imprévus.
L’ennemi dirigea une attaque complète sur Starfield; mais elle lui réussit mal : elle fut repoussée. Sur ces entrefaites, l’Empereur et les troupes de la garde étant arrivées près de Kaia, on se battit sur ce point avec acharnement, et ce village, vivement disputé, avait fini par rester en notre pouvoir. D'un autre côté, le onzième corps, aux ordres du duc de Tarente, dirigé de Schônau (où il était déjà arrivé en marchant sur Leipzig), en suivant le chemin . qui conduit directement à Pégau, s’était emparé du village d’Eidorf, sur l’extrême droite de la ligne ennemie. n s’y était maintenu, malgré les efforts opiniâtres des troupes russes, qui, après l’avoir perdu, voulurent le reprendre. Enfin, il était cinq heures, et le quatrième corps, venant de léna, arrivait en arrière de la gauche de l’ennemi, qu’il prenait à revers. Une division de ce corps, la division Morand, suffit seule pour compléter ses embarras. On dirigea de nouveau contre lui un grand effort en avant de Kaia. Cet effort fut soutenu par ma deuxième division, que j’envoyai au secours du troisième corps, aussitôt que j’eus reconnu la présence de celui du général Bertrand (quatrième corps). Ma division reprit le village de Batuna. En ce moment, l'ennemi se décida à la retraite. Alors la division Compans dé-
l)oucha de Slarfield et marcha à lui. La division Froidcrick se plaça à gauche et soutint son mouvement; tandis que la division Bonnet, en communication avec le troisième corps, servait de pivot à mon mouvement. Nous suivîmes l’ennemi avec autant de rapidité que la conservation de l’ordre de notre formation nous le permit. Nous continuâmes notre marche jusqu’à la nuit, après avoir fait un changement de front presque perpendiculaire, l’aile droite en avant. Notre mouvement était réglé sur celui du centre et de la gauche de l’armée. Ceux-ci s’arrêtèrent au moment où la nuit commençait. Nous fîmes halte à notre tour pour rester en ligne : nous devînmes ainsi stationnaires pendant une demi-heure, en présence de l’ennemi, resté maître de Grossgorschen et placé en avant de ce village.
L’obscurité était devenue complète. Faute de cavalerie, il y avait impossibilité de se faire éclairer, .l’avais mis pied à terre pour me reposer, quand tout à coup un bruit de chevaux se fit entendre; c’était la cavalerie prussienne qui arrivait sur nous. L’état de mes blessures m’obligeait à quelques précautions pour me mettre en selle, et, n’ayant pas le temps necessaire pour monter à cheval, je me jetai dans le carré formé par le 57' léger, le plus à portée. Ce régiment, ayant peu d’ensemble alors, mais
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depuis devenu très-bon, s’abandonna à une terreur panique et se mil à fuir. En même temp."?, mon escorte et mon étal-major s’éloignaient du lieu où la charge s’opérait. Ce malheureux régiment en déroule les prit pour l’ennemi et tira sur eux. Entraîné par ce mouvement, j’avais Tâmc navrée en reconnaissant l’erreur qui faisait passer par nos armes nos pauvres officiers, cl cependant je supposais les Prussiens mêlés avec eux. Au milieu de cette confusion, je pensai que, si, comme je le croyais, les cavaliei’s prussiens allaient nous sabrer, il était inutile de me faire enlever en me signalant
à eux et en leur donnant le moven de me reconnaî-
tre aux plumes blanches dont mon chapeau était garni. Je fis ma retraite forcée de quelques minutes, mon chapeau placé sous mon bra^. La foule, allant plus vite que moi, me culbuta au passage du fossé de la grande route, mais enfin les fuyards s'arrêtèrent. Très-heureusement pour nous, les Prussiens n’avaient pas été informés de notre désordre; après avoir chargé sur le 1" régiment de la marine, qui avait fait bonne contenance et les avait reçus In avement, ils s’étaient retirés.
Le 57* léger s’étant reformé, je lui fis honte de sa conduite. Je laissai mes'troupes divisées en plusieurs carrés, afin qu’un nouveau désordre ne vint pas tout compromettre; mais je plaçai mes carrés si
MÉMOIRES nu DUC DE RAGUSE.
près les uns des autres et les faces les plus voisines des carrés les plus rapprochées à si petite distance, qu’elles ne pouvaient pas tirer les unes sur les autres et empêchaient cependant l’ennemi de pénétrer entre elles.
Mes troupes, ainsi disposées, attendirent. J’avais le pressentiment d’une nouvelle entreprise tentée avec des moyens plus complets, et la chose arriva comme je l’avais prévue. Vers les dix heures du soir, quatre régiments de cavalerie prussienne, dont un des gardes, vinrent fondre sur nous. Tout le monde cette fois fit son devoir; aucun désordre n’eut lieu, et l’ennemi laissa cinq à six cents hommes morts autour de nous, et ensuite se retira. Une heure plus tard, tout étant parfaitement tranquille, je portai mes troupes à une petite distance, auprès d’un ruisseau et de quelques arbres; elles purent s’établir pour la nuit et se reposer ensuite.
La triste échaulTourée dont je viens de rendre compte coûta la vie à mon premier aide de camp, le colonel Jardet, officier du plus grand mérite, tué par nos soldats. Je le regrettai beaucoup. Plusieurs autres officiers périrent aussi malheureusement en ce moment, et le cheval de mon chef d'état-major reçut onze balles qui le frappèrent à la fois.
Après cette double tentative, l’ennemi évacua
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