LIVRE XVIII. - CORRESPONDANCE
LE MAJon GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
€ Heudnitz, le IG octobre 1813, huit heures ciu malin.
« L'Empereur vient d’ordonner au prince de la Moskowa de se tenir dans la journée près de Leipzig, ayant sous ses ordres le sixième corps, le quatrième, le troisième, les divisions Lorge, Defrance et Fournier. Prenez ei) conséquence les ordres de ce prince. Si ce matin on n’avait point aperçu d’armée débouchant par Halle, comme tout porte à penser qu’on n’a rien vu, vous repasserez le pont de Leipzig et viendrez vous mettre en bataille entre Leipzig et Liebertwolkwitz, vos trois divisions eu échelons, et vous, vous resterez à une demi-lieue sur la grande route de Leipzig à Liebertwolkwitz, dans une maison où vous établirez votre quartier général. Vous enverrez un aide de camp auprès de l’Empereur, afin qu’on puisse vous retrouver et vous mettre rapidement en marche si cela paraît nécessaire à Sa Majesté pour prendre part à la bataille, ou pour vous porter dans la ville ou pourvoir à tout événement imprévu.
« Vous attendrez, pour l’exécution de ces dispositions, les ordres du prince de la Moskowa.
« Le prince vice-connétable, major général,
37r. MÉMOIRES DU DUC DE RAGUSE.
NAPüLKOS AU MARÉCIUL UARMONT.
• 16 octobre 1815, troU heures du malin.
« Mon cousin, je reçois votre lettre du 15 octobre à neuf heures du soir. Je ne tiens pas pour certain que le bataillon qui était à Ilaiiicber se soit replié devant de l’infanterie. 11 parait, au contraire, qu’il n’avait devant lui que de la cavalerie. Il eût été convenable que vous fissiez soutenir ce bataillon sur llanicber, pour avoir des prisonniers. 11 n’est pas dans les règles qu’une reconnaissance de rennenii qui n’est pas soutenue par un camp puisse s’approcher et reconnaître notre camp. L’instruction que vous aviez donnée pour que ce bataillon se repliât s’il trouvait l’ennemi en corps d’armée a reçu une mauvaise application, puisque votre troupe s’est retirée sans que l’ennemi se soit présenté en corps de bataille. Avec cette manière de faire la guerre, il est impossible de rien apprendre. Vous auriez dû, depuis deux jours, envoyer des espions à Halle et à Mersebourg, et faire ce qui est d’usage à la guerre, en ordonnant au bourgmestre de vous donner un paysan, dont on retient la femme en otage, et en envoyant avec ce paysan un soldat déguisé comme domestique qui le suive dans sa mission '. Cela
' Les f-njicurs français écliappés et arrÎTcs le 15 duiinaicnt de iiieilleiii’s reiisei^'iiemenls que ceux des paysans.
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LlVniv XVlll. — CORRESPONDANCE.
réussit sur tous les points; mais vous n’employez aucune des précautions dont on se sert à la guerre. Comment, depuis deux jours, avec trente mille hommes, n’avez-vous fait aucun prisonnier'? Le fait est que votre corps est un des plus beaux de l’armée, qu’il est en bataille contre rien, et que vous manœuvrez comme si vous aviez, à une lieue et demie de vous, une armée campée, tandis qu’il est clair qu’avant-hier et hier vous n’avez vu personne.
« Napoléon. »
NAPOLÉON AU MARÉCHAL MAIIMONT
«t ReudniU, le 16 oclobrc 1815, six heiirt's du matin.
« Mon cousin, il me parait que rien n’annonce que l’ennemi veuille déboucher par Halle, et qu’il n’y a là qu’un corps de cavalerie. Il paraît douteux qu’on ait vu hier, comme on le prétend, quelques bataillons d’infanterie. — A la rentrée des reconnaissances, ce matin, cela sera entièrement vérifié, et, comme je vais faire attaquer les Autrichiens, je pense qu’il est convenable que vous passiez la ville au pont de la Partha, dans le faubourg
' Comment faire dos prisonniers à quatre ou cinq mille honimos do cavalerie qui nous entouraient, quand on a moins de mille i douze cents cliovauï?
(Sole du duc de Haguse.)
.•Î7X MÉMOinES nu IIUO UE BAGUSE.
<it que vous veniez vous placer eu réserve, à une demi-lieue de la ville, entre l-eipzig et LieberlwolkwiU, vos divisions en échelons. De là vous pourrez vous porter sur Lindenau, si l’ennemi faisait une attaque sérieuse de ce côté, ce qui me paraîtrait absurde. Je vous appellerai à la bataille, aussitôt que je verrai la force de l’ennemi et que je serai certain que l’ennemi s’engage. — Enfin vous pourrez vous porter au secours du général Bertrand qui placera des postes sur votre position, si, ce qui n’arrivera probablement pas, une armée ennemie pouvait paraître sur le chemin de Halle. — Il faudra vous tenir, de votre personne, sur la grande route, hors de la ville. Il faudra laisser la division Lorge au général Bertrand, afin que cette division, soutenue par l’infanterie du général Bertrand, occupe toujours vos postes avancés.
« Napoléon. »
LE .MAHÉCIUL MARMOXT AU MAJOR tiÉNÉRAL.
« CK'lobre 18 !^,
« Monseigneur, la part qu’a prise le sixième corps d’armée aux batailles dos IG et 18 octobre, devant Leipzig, étant de nature à mériter l’intérêt de Sa Majesté, je crois de mon devoir de vous en adresser le rapport.