LIVRE XVf. - ISIS
Berlin. Enfin, quand le mouvement des armées ennemies et la levée en masse de la Prusse l’y forcèrent, il se réfugia derrière l’Elbe, où il reçut des renforts considérables.
L’hiver de 1813 se passa ainsi en Allemagne.
Pendant ce temps, une nouvelle armée, sous le nom d’armée d’observation du Mein, se formait sur la frontière et se préparait à entrer en campagne.
Les désastres survenus en Russie avaient été ressentis vivement par la France entière. Quelque lourd qu’eût paru le fardeau de la guerre, quelle que fût l’impopularité de l’Empereur et de ses entreprises gigantesques, qui, screnouvelant chaque année, épuisaient toujours davantage les peuples, l’honneur national, accoutumé, par des succès continuels, à dicter partout des lois, se réveilla au bruit des revers. Le sentiment patriotique fit faire des efforts extraordinaires pour mettre Napoléon à même de reprendre sa position perdue et de rétablir son influence sur l’Europe. On espérait que Napoléon était corrigé, et qu’enfin la France pour- Yait jouir de sa puissance au sein du repos. Les levées se firent avec facilité et empressement. Une réquisition immense de chevaux s’exécuta promptement et sans murmures. Tout marcha avec une telle rapidité, que les armées semblaient sortir de terre.
Avant de commencer la campagne de Russie, l’Empereur avait emmené avec lui tout ce qu’il y avait de disponible dans l’armée. 11 n’avait laissé en France que des dépôts; mais, par une sage prévoyance, il avait ordonné la levée de cent bataillons
de réserve, sous le nom de cohortes. Afin de se ménager la ressource des conscriptions futures, il l’avait fait faire sur les conscriptions passées, c’est-àdire parmi les hommes libérés, mesure injuste et odieuse, mais qui lui fournit des hommes faits, robustes, de l’âge de vingt-deux à vingt-huit ans, et plus en état que ceux des levées annuelles de supporter les fatigues de la guerre. Pour.déguiser aux yeux de ces hommes, appelés contre toute espèce de droit, la rigueur dont ils étaient l’objet, le sénatus-consulte, rendu à cette occasion, déclara que ces nouveaux soldats n’auraient d’autre destination que la défense du territoire de l’Empire; qu’ils ne pourraient en sortir; et, pour présenter à l’esprit l’idée d’une organisation particulière adaptée à cette destination spéciale, on les plaça dans des corps nouvellement formés sous le nom de cohortes au lieu de bataillons.
M. de Lacépèdc, orateur du Sénat, prononça, en présentant l’acte qui mettait l’Empereur en possession de cette ressource, les paroles suivantes, qui furent au reste frappées de ridicule, au moment