‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 4)Chapitre 2 sur 166 · LIVRE XVI. - 18IS · texte numérisé non relu

LIVRE XVI. - 18IS

lier, imitation servile du passé. Rien n’était si extraordinaire que ce travestissement de soldats dont la parure était les cicatrices et l’air martial bien plus que la grâce et l’élégance. Je me fis faire de beaux habits pour me conformer à l’ordre donné, et ma manche ouverte, mon bras en écharpe et sans mouvement, faisaient ressortir ce que ce costume avait de bizarre.

Les historiens de la campagne de 1812 en Russie ont raconté ses désastres avec trop de détails pour que, sans y avoir assisté, je m’occupe de les décrire. L’ouvrage de M. de Ségur porte avec lui la conviction et doit être placé en première ligne. J’ai pu juger, dans la campagne suivante, des dispositions physiques et morales de Napoléon, ü était en 1813 tel que M. de Ségur le dépeint en 1812. Plus tard, j’ai pu apprécier l’exactitude de ses récits quand il décrit les lieux où se sont passées les grandes scènes de cette époque. Enfin il a bien peint le caractère des événements dans une armée livrée à de semblables circonstances, et c’est lui qui, à mon avis, doit faire autorité dans l'avenir.

La grande armée n’existait plus que de nom. Â peine les régiments conservaient-ils des fragments de cadres. L’effectif présent sous les armes, dans le cadre d’un grand nombre de divisions, ne s’élevait

pas à plus de huit à neuf cents hommes. Les hommes échappés à la mort étaient prisonniers ou éparpillés, sans armes et sans organisation. Quelques ' corps, restés en Prusse et à Dantzig, furent victimes à leur tour des rigueurs de la saison et éprouvèrent une grande diminution. De leur côté aussi les troupes ennemies, sans avoir été désorganisées, étaient beaucoup réduites, malgré les soins qu’on avait pris pour leur conservation pendant la poursuite des opérations. Néanmoins leur nombre et leur état les rendaient très-supérieures aux nôtres et fort redoutables.

La défection de la Prusse avait mis inopinément dans la balance de nouvelles forces contre nous, et ces forces étaient aussi redoutables par le nombre des soldats [que par l’esprit qui les animait. L’enthousiasme de la nation la fit se lever, pour ainsi dire, tout entière pour assurer sa délivrance.

La ville de Dantzig, abandonnée à elle-même, fut bloquée, ainsi que les diverses places de la Vistule. Cependant le vioe-roi, qui commandait cette prétendue grande armée, dont les débris réorganisés composaient un corps de tout au plus douze mille hommes, formé de quatre divisions, était resté à Posen aussi longtemps qu’il l’avait pu sans danger. Il s’était ensuite retiré lentement et s’était arrêté à

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