LIVRE XVI. — CORRESPONDANCE. M
curité, il eût été dangereux de faire feu sans avoir bien reconnu la division des carrés. Immédiatement après sa retraite, prévoyant qu’il pourrait revenir, je rapprochai tellement mes carrés, qu’ils pouvaient tous se voir, et je les échelonnai de manière que deux côtés pussent toujours tirer, et qu’il y eût des feux dans toutes les divisions. Ce que j’avais prévu arriva. L’ennemi, comptant que, après la fatigue d’une aussi longue journée, les soldats seraient couchés et les armes aux fai.sceaux, arriva à dix heures avec quatre régiments de cavalerie de choix, dont un régiment de gardes prussiennes. Ces quatre régiments se jetèrent avec une impétuosité extraordinaire au milieu de nous; mais ils trouvèrent chacun à son poste. Tous les ordres donnés furent exécutés ponctuellement, et l’ennemi enveloppa de ses morts nos carrés sans en enfoncer aucun. Trois cents hussards restèrent sur la place, et les rapports des Prussiens annoncent que le régiment des gardes a été détruit entièrement. Ainsi a fini une belle journée. C’est le sixième corps qui, dans cette mémorable bataille, a eu l’honneur de tirer les premiers coups de canon et les derniers coups de fusil. Je ne saurais donner trop d’éloges aux troupes dont Sa Majesté m’a confié le commandement. Les soldats de marine se sont montrés dignes de l’armée dans laquelle Sa Majesté les a atta-
itl MÉMOIRES DU DUf. DE RAÜUSE.
ches. Ces nouveaux soldats marchent d’un pas ferme sur le pas des anciens. Je devrais nommer tous les généraux et tous les officiers supérieurs; mais je dois faire une mention particulière du général Compans et du général Bonnet, des généraux Jamin, Jouhert et Richemont. Le général Compans a eu ses habits criblés de mitraille; le général Bonnet, deux chevaux tués sous lui; le général Jamin, quoique blessé, n’a pas quitté le champ de bataille un seul instant. Je dois faire aussi mention du colonel Jardet, mon premier aide de camp, officier d’une grande distinction, qui a été blessé d’une manière extrêmement grave. Je dois citer aussi le général Faucher, commandant l’artillerie, et le colonel de Ponthou, commandant le génie, dont j’ai eu à me louer.
« J’aurai l’honneur d’adresser à Votre Altesse des demandes de récompenses pour les officiers et soldats qui ont si bien mérité de Sa Majesté, et on vous priant de les soumettre à l’Empereur. »
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