LIVRE XVII
Baulzen, el d’atlaquer le corps de Kleisl qui était en face, et occupait les hauteurs de Seydan. Une vive résistance nous fut opposée; mais, après un combat de cinq heures, l’ennemi fut chassé des diverses positions qu’il occupait devant nous et forcé à se retirer, sur les hauteurs du village de Kayna, en arriére du ruisseau.
Comme Bautzen continuait à se défendre et arrêtait la marche du onzième corps, je détachai ma première division, commandée par le général Compans, pour prendre la ville à revers. La batterie qui en défendait les approches fut enlevée au pas de chai-ge, et les remparts escaladés. Tous les soldats russes qui se trouvaient dans la ville furent faits prisonniers.
Je fis attaquer ensuite, par la division Bonnet, le corps de Kleist, qui venait d’être renforcé et qui s'était concentré dans la position de Kayna et de Basankwitz. Il fut culbuté et obligé de se retirer plus en arrière. Il occupa alors la position retrancliée et préparée d’avance, où il avait décidé qu’une seconde bataille devait être livrée. Pendant ces mouvements, les troisième, cinquième et septième corps, sous les ordres du maréchal Ney, s’approchèrent de la Sprée, au village de Klix. Il devait forcer le passage et tourner les retranchements, tandis que 1e quatrième corps observerait les bords de la Sprée,
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en face de Krekwilz, en attendant que la prise de Bautzen et le mouvement de la droite eussent permis de l’attaquer.
Ixî soir du "20, l’armée française était donc à cheval sur la Sprée, et occupait une ligne brisée, la droite aux montagnes, le centre en face de Krekwitz, et la gauche sur Klix.
Du côté de l’ennemi, la gauche et la partie du centre qui se liait avec elle étaient fortifiées par fout ce que l’art peut offrir d’avantageux, et un succi's sur ce point ne comj)romettait pas 1e reste de l’armée. Ce n’était donc pas le point d’attaque à choisir; taudis qu’en attaquant la droite on avait moins d’obstacles à surmonter. On forçait le centre et la gauche à se retirer en toute hâte. Enfin, l’on pouvait espérer en couper une partie. Aussi ce fut le plan d’attaque adopté par Napoléon.
ha gauche de l’ennemi était commandée par le prince Eugène de Wurtemberg et le général Korsakoir, le centre par le général Blücher, et la droite par le général Barclay de Tolly.
he 21, à cinq heures du matin, le mai échal <luc de Beggio commença le combat par une fausse attaque, dont l’objet était de masquer nos véritables intentions et de contenir une partie considérable des forces de l’ennemi. Celui-ci, (|ui avait porté sa gauche en avant du ruisseau et des retranchements
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construits dans les montagnes, fut forcé à un mouvenienl rétrograde; mais, ayant reçu des secours, il résista et força le duc de Reggio, qui s’était emparé de Meltheuer, de l’évacuer et de reprendre sa pre-r mière position. Le onzième corps prit part au combat, et soutint le douz'ième. Pendant ce temps, le prince de la Moskowa enlevait le village de Klix. Il attaqua ensuite l’ennemi dans une seconde position, entre Glaima et l’étang de Malschitz, et le battit. II avait ainsi tourné ses positions. De son coté, le quatrième corps, dont le duc de Dalmatic était venu prendre le commandement, après s’ètre emparé du village de Krekwitz, forçait l’ennemi à la retraite. Enfin, l’affaire étant engagée sur tous les points, je déployai le sixième devant les retranchements ennemis, et je commençai contre eux un feu d’artillerie à faire trembler la terre. Peu après, j’aperçus un mouvement rétrograde prononcé à la droite et au centre de l’ennemi. L’ayant reconnu le premier, j’en fis prévenir aussitôt l'Empereur, et mis mes troupes en mouvement pour marcher à ces retranchements; mais, l’ennemi les ayant évacués assez tôt pour éviter un engagement d’infanterie, je conlinuai à le poursuivre sans relâche jusqu’au village <le Wurtzen.
Cette bataille, à laquelle on donna le nom de Wurtzen, fut bien conduite. Chaque événement ar-
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riva comme il avait été prévu, et chacun fit son de- -• voir. L’infanterie soutint la réputation qu’elle avait acquise à Lutzen. La direction des attaques et le point choisi pour porter les coups décisifs promettaient de grands résultats, et il est probable qu’on les aurait obtenus sans notre extrême faiblesse en cavalerie.
L’ennemi se retira sur Weisscnberg. On ne peut guère comprendre ses illusions. Il aurait dû voir que cette position, choisie et fortifiée d’avance, devait tomber d’elle-môme par un simple mouvement stratégique. L’armée française, aVec les renforts qu’elle avait reçus, consistant en dix mille hommes de cavalerie et huit mille de la garde, et, au moyen des cinquième, septième et douzième corps qui n’avaient pas combattu à Lutzen, s’élevait à cent cinquante mille hommes. Les forces de l’ennemi étaient au-dessous de cent mille.
Le 22, l’armée française se mit en mouvement pour suivre l’ennemi. Le douzième corps resta en position sur le champ de bataille pour le couvrir contre les mouvements que le corps de Bulow aurait pu exécuter. L’ennemi prit position en avant de Reichenbach et sur les hauteurs entre Reichenbach etMarkersdorff. Le septième corps, qui n’avait pas combattu la veille, soutenu par la cavalerie du général Latour-Maubourg, reçut l’ordre d’attaquer.
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Le combat fut chaud et brillant, et la cavalerie russe forcée à la retraite. Il coûta la vie à un excellent officier, un de nos camarades de l’état-major général de la glorieuse armée d’Italie, le général Bruyère, commandant une division de la cavalerie légère. Nous le regrettâmes vivement.
Mon corps d’armée suivait, et de ma personne j’avais été joindre l’Empereur à la fin du combat. Bruyère venait d’être tué, et j’en causais avec le général Duroc, duc de Frioul, avec lequel j’étais intimement lié. En ce moment, la figure de Duroc portait une expression de tristesse que je ne lui avais jamais vue. Les circonstances qui suivirent immédiatement l’ont gravée profondément dans ma mémoire et pourraient faire croire à la vérité des pressentiments. Duroc donc, triste et préoccupé, montrait une sorte de découragement et d’abattement dans toute sa personne. Je marchai quelque temps en causant avec lui; il me dit ces propres paroles : « Mon ami, l’Empereur est insatiable de combats; nous y resterons tous, voilà notre destinée! » Après avoir cherché à le remettre un peu et à combattre ses idées noires et misanthropiques, j’allai prendre les ordres de l’Empereur, qui m’ordonna de faire camper mon corps d’armée sur la crête que nous venions de traverser. Napoléon, arrivé auprès du village de Markeredorlf et marchant dans un che-
lin
Mf.MoinEs nu nur, nu haguse.
min cieiix, un boulet isolé, parti à grande distance d’une batterie qui se retirait devant notre avantgarde, tomba dans le groupe qui l’environnait, tua roide le général Kirclmer, bon oflicier du génie, et blessa mortellement le duc de Frioul, dont les entrailles furent mises à découvert. Peu de moments après, et lorsque j’étais encore occupé de mon ét.nblissement, j’appris cette triste nouvelle.
L’Empereur montra de la douleur et passa quelque temps avec Duroc, dans la baraque où il fut déposé. Il parait qu’il se justifia auprès de l’Empereur de je ne sais quels torts, que celui-ci lui avait imputés sans fondement, et dont l’accusation l’avait profondément blessé. Le lendemain matin, je le vis de très-bonne heure. Ses douleurs atroces lui faisaient désirer la mort, et il la demandait avec instance. Je causai avec lui pendant quelques moments. Je lui parlai des personnes qui l’intéressaient, et, comme je lui montrais ma vive et profonde commisération, il me répondit : « Va, mou ami, la mort serait peu de chose pour moi si je souffrais moins vivement. »
Dans le cours de mes récits, j’ai eu peu d’occasions de parler du duc de Frioul. Ayant pour ainsi dire passé ma vie avec lui, et le rôle qu’il a joué lui donnant de l’importance historique, je dois chercher à le faire connaître.