LIVRE XVII
rendre favorable. Du moment où elle eût été avec nous, sa prépondérance eût décidé la question, et toute lutte cessait; mais, pour qu’elle fût avec nous, ' il fallait adopter des sentiments autres que ceux qui . animaient Napoléon. Ainsi, malgré le langage pacifique tenu par tout le monde, ttmt le monde voulait la guerre; car chacun voulait des résultats que la victoire seule pouvait donner, et Napoléon, dont le caractère dès lors était de s’abandonner aux illusions qui le flattaient, s’efforçait à se persuader que jamais l’Autriche n’oserait prendre les armes contre lui, et qu’ainsi il aurait seulement à combattre la Prusse et la Russie. Cette manière d’envisager les événements futurs n’a plus cessé d’être la sienne et l’a conduit à sa perte.
C’est dans cet esprit et avec ces dispositions que les armées prirent les positions réglées par l’armistice.
Les espérances de l’Empereur pour l’augmentation de ses forces -se réalisèrent promptement. L’armée croissait à vue d’œil. Les jeunes soldats furent occupés dans les camps à tirer à la cible, exercice dont on n’a jamais fait un emploi suffisant en France, et qui, constamment en usage en Angleterre, donnait autrefois à l’infanterie anglaise un feu supérieur à celui des autres troupes de l’Europe. Un grand nombre des conscrits qui venaient
<le faire la campagne se trouvaient blessés à la main gauche et avaient perdu un doigt. Cette blessure, cause de réforme, les fit soupçonner de s’être mutilés pour être exemptés du service, et l’Empereur ordonna les mesures les plus rigoureuses contre eux. QuelqueS-uns pouvaient être coupables; mais j'acquis la certitude que ces blessures, si nombreuses et si semblables, avaient pu être reçues naturellement à cause du peu d’instruction des troupes. Je reconnus que, lorsque les rangs sont trop ouverts, comme il arrive avec des soldats peu instruits et chargés de gros sacs, le deuxième rang, en tirant, peut facilement blesser les hommes du premier. Je fus heureux de constater un fait servant de réparation à l’honneur français.
J’allai m’établir, de ma personne, dans un château charmant appelé Niederthomaswald, à deux lieues en avant de Buntzlau.
Napoléon, voulant préparer un point d’appui sur le Bober, me demanda si Buntzlau pouvait être fortifié et mis à l’abri d’un coup de main. AyanI répondu d’une manière affirmative, je reçus l’ordre d’exécuter les travaux nécessaires. Je parvins à faire de cette ville une forteresse qui eût exigé un > siège. Il y avait une première enceinte revêtue, une seconde enceinte, liée aux maisons, qui pouvait servir de réduit, une contre-escarpe et des