‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 4)Chapitre 62 sur 166 · LIVRE XVII. - I8i · texte numérisé non relu

LIVRE XVII. - I8i

et (l(‘s fruits, renlèvement des besliau.v, ennn une guerre à mort. Quand, en 1814, les paysans français voulurent prendre les armes, on les menaça de les traiter en criminels. On prétendit qu’ils agissaient contre le droit des gens et les usages des peuples civilisés. C’est ainsi que tes hommes changent de doctrines et de principes, suivant leurs diverses situations.

Ces dispositions extrêmes, inspirées par le désespoir et la fureur, restèrent, au surplus, sans exécution; mais un esprit public prononcé, une énergie admirable, se montrèrent dans toutes les classes en I*russe. Les sociétés secrètes, formées pour préparer la délivrance du pays, avec l’as-sentiment et l’appui du gouvernement, produisirent l’effet qu’on avait dû en attendre. Les idées de liberté, le désir d’institutions et de garanties constitutionnelles, s’étaient mêlés aux idées d’affranchisseineiit et d’indépendanoe nationale. Tous ces désirs, toutes ces espérances, avaient été encouragés par le roi, à titre de moyens défensifs. Aussi tout bouillait en Prusse. Plus l’oppression de Napoléon avait été forte et sa tyrannie odieuse, et plus la réaction avait de violence. Les étudiants couraient aux armes. Cette jeunesse vive, ardente et souvent redoutable, qui peuple les universités d’Allemagne, rappelait, par son esprit, son ardeur et son but, la

forinalion des premiers balaillüiis des volontaires de France, qui furent tout de suite si remarquables par leur conduite, et qui devinrent plus tard le noyau de l’armée française et la pépinière d’où sortit le plus grand nombre de ses chefs. Enfin l'év nergie de la Prusse était encore accrue par le sentiment de la position dans laquelle elle s’était placée volontairement. Sa désertion de la cause française au milieu de la guerre, cette défection du général York, avaient autorisé toute espèce de vengeance de la part de Napoléon, qui n’était, d’ailleurs, que trop disposé à s’y livrer. La force seule pouvait donc la préserver. Mais, pour mettre en œuvre de pareilles ressources, pour régulariser de semblables moyens, le gouvernement avait à peine eu trois mois, et encore le dernier de ces trois mois avait été employé tout entier à combattre. La Prusse était donc loin de présenter en ce moment les forces réelles dont elle pourrait bientôt disposer. L’armistice devait lui donner le temps d’achever ses préparatifs.

Les Russes, ses alliés, épuisés par la campagne précédente, par les marches exécutées pendant l’hiver, ne comptaient dans leur armée que des bataillons incomplets. Les recrues, formées et dressées, allaient arriver et doubler chez eux le nombre des combattants.

De son côté, Napoléon avait ordonné des levées immenses. Ces levées s’exécutaient avec facilité; mais les produits n’en étaient pas encore parvenus jusqu’à lui. Deux mois de plus, et son armée aurait une force double, une cavalerie nombreuse, et tout ce qui pouvait lui donner les chances de la victoire. Ainsi un repos momentané avait dù entrer «lans ses idées. Il profita avec activité de l’armistice.

Enfin, pour achever le tableau de cette époque mémorable, je dirai que l’Autriche, ayant vu, lors des désastres de 1812, le rôle qu’elle était appelée à jouer, faisait ses préparatifs dans ce but. Les circonstances étaient favorables. Elles lui fournissaient l'occasion de devenir modératrice et même juge suprême des débats, en raison de sa force, en raison de sa position géographique, et en raison même de l’esprit de sagesse et de lenteur qui préside à ses conseils.

On a déjà dit que, dès le 26 avril, le gouvernement autrichien avait déclaré que les stipulations du traité du 14 mars 1812 n’étaient plus applicables à la situation présente. C’était dévoiler toute sa jKtlitique. Mais ses moyens militaires, pour l’appuyer, étaient incomplets. 11 fallait porter son armée à un effectif qui donnât à son langage le poids convenable. On s’occupa donc avec activité eu Au-

iinininES du duc de iiaüuse.

li iche df’ Ipvros d'iiomnics, d’achals dechovanx cl de tonies les dispositions qui doivent donner la possibilité d’enirer en campagne. Pour cela, il fallait du temps. Aussi l’Autriche fut-elle l’inlermédiaire utile ]>ar lequel passa la demande d'une prolongation de suspension d’armes que fit Napoléon. Elle la favorisa, l’appuya, en offrant eu même temps sa médiation pour la paix. Ainsi, quand tout le monde parlait de la paix, personne n’en voulait. Tout le monde était de mauvaise foi et dans la conviction (pie jamais la paix ne pourrait réaliser des prétentions opposées et inconciliables.

La Prusse, ainsi que je l’ai déjà dit, voulait déployer les moyens que le mouvement national mettait à sa disposition. — Les Russes recevaient leurs recrues cl leurs renforts; l’Autriche voulait donner à son armée un effectif qui l’autorisât à parler en maître, et Napoléon atteindre l’époque où il aurait fait arriver les levées extraordinaires que les efforts si honorables du peuple français faisaient de bonne grâce et avec empressement. C’était une halte, un repos profitable à chacun, et dont l’objet était de se préparer à combattre et de se mettre a même de le faire avec succès. 11 n’y avait qu’une seule chance de paix : c’est que Napoléon consentît à faire le sacrifice d’une partie de sa puissance, spécialement en faveur de l’Autriche, afin de sc la

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