LIVRE XVII
sur Dresde si j’en recevais l’ordre. Le 24, cet ordre m’étant parvenu, il fut exécuté sans retard. J’arrivai le 27, au matin, à Dresde, et j’allai prendre position, ma gauche au quatorzième corps, ma droite à la jeune garde, en avant de Grossgarten.
Pendant les mpuvements opérés en Silésie, la grande armée ennemie avait pris l’offensive et marché sur Dresde. Son mouvement, commencé le 20 août, s’était opéré sur quatre colonnes. Celle de droite, commandée par Wittgenstein, a\;ait débouché par la route de Lovositz à Pirna. Elle laissa un corps de troupes suffisant pour observer, garder et couvrir le débouché. La deuxième colonne, composée de Prussiens, commandée par le général de Kleist, se porta à Glashûth, en se liant avec la première. La troisième colonne, sous les ordres du général Colloredo, composée d’Autrichiens, arriva par Altenbourg et Dippoldiswald. La quatrième colonne, composée également d’Autrichiens, et sous les ordres du maréchal de Chasteler, marcha par Frauenstein surBabenau.
Le 24, une division du quatorzième corps, que le maréchal Saint-Cyr avait placée sur les hauteurs de Berggus-Hübel pour couvrir le camp de Pirna, fut attaqué par le corps de Wittgenstein. Elle se replia en combattant jusqu’à Pirna et, de là, elle fit l’arrière-garde du quatorzième, qui se retira sur
Dresde et occupa les retranchements construits pour couvrir cette ville.
Le 25, vers les quatre heures de l’après-midi, l’armée ennemie se rapprocha de Dresde dans l’ordre suivant : La colonne de droite prit position en arrière du grand jardin qu’plie fit occuper par les tirailleurs; la deuxième prit position derrière Strehla; la troisième se plaça en avant de Koritz et Recknitz; la quatrième colonne avait à sa gauche Plauen. Une cinquième colonne, commandée parle général Klénau, était en marche et venait de Presbourg. Le corps de Klénau et les réserves n’étaient pas encore arrivés. Le quartier général s’établit au village de Mülnitz. Le quatorzième corps occupait les faubourgs et les retranchements (lui les couvraient. Ceux-ci se composaient de huit flèches assez petites et de quelques édifices crénelés. On avait ainsi cherché à tirer le meilleur parti des localités.
Une attaque immédiate était la seule chose opportune, car on ne pouvait douter que l’empereur .Napoléon n’arrivât, en toute hâte, avec des renforts. Accabler, anéantir le quntorzième corps (qui, fort à peine de vingt mille hommes, avait devant lui plus de deux cent mille combattants), était la seule chose raisonnable. Le prince de Schxvarzenberg hésita; il ajourna l’action jusqu’au lendemain pour atten-
dre l’arrivée du corps de Klénau et de quelques réserves. 11 ne vil pas que, dans la disproportion des forces qui étaient en présence, un seul nouveau corps de l’armée française arrivant à Dresde donnerait plus de chances à la résistance que soixante mille hommes de renfort n’en auraient donné à l’attaque.
Le 20, au matin, le prince de Schwarzenberg se décida à attaquer, sans attendre davantage l’arrivée de Klénau. Pendant l’action, Napoléon était arrivé à Dresde avec sa garde, et le deuxième corps, qui, des environs de Zittau, y avait été dirigé, le suivait de près. Le premier corps, qui avait été envoyé sur Künigstein, avait passé l’Elbe et chassé le corps ennemi, formé d’un détachement de gardes russes et du deuxième corps, commandé par le duc de Wurtemberg, qui bloquait celte forteresse.
Le huitième corps était resté sur la frontière de Bohême pour couvrir la communication avec l’armée de îSilésie. L’intention de l’Empereur avait été d’abord de faire son mouvement par Künigstein, sans venir à Dresde, avec le premier, le deuxième, le sixième corps et sa garde. S’il eût passé l’Elbe sur ce point, pris l’ennemi à revers, il est difficile de calculer les immenses résultats qu’il aurait obtenus; mais les dangers imminents de Dresde, les conséquences graves qui seraient résultées de l’en-
li ée de l’enneini dans celle ville, délerininèrent Napoléon à venir à son secours d’une manière directe. En conséquence, toutes les forces qu’il menait avec lui, le premier corps excepté, furent dirigées sur ce point, et tout à coup Dresde fut sous la protection d’une puissante armée.
L’attaque avait réussi en partie. La redoute de la. porte de Dippoldiswald était enlevée; celle de, la route de Freyberg avait eu son feu détruit. L’ennemi occupait le grand jardin. Toutes ses forces se trouvaient concentrées devant les faubourgs; enfin tout annonçait son entrée prochaine dans Dresde quand Napoléon reprit l’offensive. Il pensa que des attaques simultanées, sur les flancs des alliés, les surprendraient et changeraient en défense une offensive qu’il était difficile d’arrêter.
En conséquence, il donna l’ordre au maréchal Ney, qui l’avait accompagné, et au duc de Trévise, de déboucher, chacun avec deux divisions de la jeune garde, en amont et en aval, la première colonne par la porte de Pirna,la deuxième par la porte de Plauen, et d’envelopper les ailes de l’armée ennemie. Le succès fut complet. L’ennemi, rejeté en arrière, occupa à la nuit une position moins rapprochée que celle qu’il avait prise avant le commencement de l’action. Cette attaque, appuyée par un centre fortifié, l’ensemble des faubourgs étant
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forleinenl occupé, ne présentait aucune difficulté. Le lendemain, le prince de Schvvarzenberg renouvela ses attaques, mais sans succès. Le deuxième corps de l’armée française était en ligne et placé à droite. 11 opéra un mouvement sur la gauche de l’ennemi, auquel le premier corps de cavalerie concourut puissamment.
L’ennemi s’était étendu au delà de la vallée de Plauen, mais il n’était pas parvenu à appuyer son aile gauche à l’Elbe.' Cette aile gauche, séparée du centre par la vallée dont les montagnes sont fort escarpées, était isolée et fort en l’air. Le sixième corps avait pris sa place de bataille au centre, et le premier corps avait chassé les troupes qui bloquaient Kônigstcin, menaçant les communications de l’ennemi. Ce qui eût été facile à l’ennemi en arrivant était devenu chanceux et même d’un danger imminent au moment où il attaqua la ville.
Le deuxième corps se porta, dans la matinée, sur la gauche de l’armée alliée et l’attaqua de front, tandis que la cavalerie, que le roi de Naples commandait en personne, l’enveloppa. La cavalerie autrichienne, culbutée, ayant abandonné la division Metzko, celle-ci fut chargée par nos cuirassiers. Sa résistance opiniâtre paraissait invincible, et l’on vit, en cette circonstance, quelle puissance la lance exerce dans les combats de cavalerie contre
lül MÉMOIBKS DU DUC DE RAGDSE.
l’infanlerie. Le temps était horrible; des pluies abondantes empêchaient les fusils de faire feu : à peine un fusil sur cinquante partait. Tout était donc au désavantage de l’infanterie. Eh bien ! les charges de cuirassiers demeurèrent sans succès. On ne put entamer les carrés autrichiens qu’en faisant précéder la charge de cuirassiers par celle d’un détachement de lanciers. Ceux-ci ouvraient une brèche, que les cuirassiers étaient ensuite chargés d’agrandir. Une brigade de la division Maurice Lichtenstein, envoyée au secours de cette division Metzko, pour la recueillir, partagea le sort de cette dernière. Les régiments de Lusignan et de l’archiduc Régnier furent à peu près détruits. Douze à <]uinze mille hommes restèrent en notre pouvoir.
Cendant ces mouvements à la droite , Napoléon occupait le centre de l’ennemi par une forte canonnade. Une salve d’une batterie de la garde, dirigée par son ordre contre un groupe qu’il avait remarqué près du village de Biickiiitz, emporta les jambœ du général Moreau. Ce général avait contribué à la jiuissance de Napoléon en se réunissant à lui au 18 brumaire et en servant ses intérêts. La flatterie l’avait rendu son rival de gloire, malgré son immense infériorité. Les petites passions de son entourage et la faiblesse de son caractère en avaient