LIVRE XVII
fait un ennemi. Sa fin tragique et prématurée n'inspira aucun intérêt dans l’armée française.
La gauche avait repoussé l’ennemi, et les quatre divisions de la jeune garde, qui s’y trouvaient réunies, forcèrent AVittgenstein à se retirer jusqu’à Bleswitz, sur le corps de Klcist, déjà aux prises avec le quatorzième corps. Le prince de Schwarzenberg, jugeant l’ensemble de ses revers suffisants pour lui ùter tout espoir fondé de victoire, prit la résolution de se retirer. .Mais aucune disposition apparente ne l’annonçait, et, comme l’arrivée d’une portion du corps de Klcnau avait augmenté le nombre de ses troupes, toutes les probabilités, à nos yeux, semblaient être’' pour une nouvelle bataille le lendemain. La nuit nous laissa dans cette espérance. L’intention de Napoléon était d’attaquer l’ennemi à la pointe du jour, à son centre, et je devais être chargé de cette opération, .le passai la nuit à faire des disj)Ositions en conséquence.
Le centre de l’ennemi était appuyé aux villages de Bâcknitz etSchernitz. La hauteur sur laquelle ils sont placés, au milieu de l’amphithéâtre en face de Dresde, et dont nos avant-postes occupaient les derniers mamelons, commande la plaine qu’il faut traverser. Porter de l’artillerie en plein jour sur ces mamelons eût été chose impossible. Aussi, ayant placé pendant la nuit, dans la position qu’oc-
ir>0 MÉMOIRES DU DUC DE RAGUSE.
cupaient nies avant-postes, assez de troupes pour nous établir solidement, j’y fis conduire toute mon artillerie pour écraser de son feu les deux villages que j’ai nommés. Sans cet appui, ils auraient été difficilement emportés. Je présidais moi-même à ces préparatifs. J’observais ce qui se passait chez l’ennemi. Un bruit sourd me fit croire qu’il se mettait en retraite. Les feux, qui s’éteignaient successivement, me confirmèrent dans cette pensée.
J’envoyai quelques troupes pour s’en assurer, et l’on trouva la |)osition évacuée.
Je fis prévenir l’Empereur en toute hâte à Dresde, et il arriva à mon camp à la petite pointe du jour. Les dernières troupes de l’arrière-garde ennemie étaient déjà à une assez grande distance. L’Empereur m’ordonna de me mettre immédiatement à leur poursuite dans la direction de Dippoldiswald, et me donna la division de cavalerie du général Ornano. Saint-Cyr fut chargé de le suivre dans la direction de Maxen et Glasshùth. Le général Vandanime, avec le premier corps, et devant être soutenu par la garde, fut dirigé du point où il se trouvait sur la grande route de Peterswald. Le deuxième corps et la cavalerie du roi de Naples marchèrent sur Freyberg.
Pendant les deux jours où on avait combattu devant Dresde, 1e général Vandamme, avec le pre-