LIVRE XXI
(iuima cependaut de l'importance, et l’esprit de courtisanerie, malheureusement si commun et si actif en France, y ajouta beaucoup. M. de Blacas, d’un esprit fort. borné, mais assez juste en tout ce qui ne touche pas à ses préjugés, d’un orgueil extrême, était le type des émigrés de Coblentz. 11 avait leur suffisance et leur mépris pour tout ce qui n’était pas eux. L’Empire et son éclat avaient passé sans avoir frappé ses yeux. Il n’en tenait pas compte. La France, pour lui, n’avait pas cessé d’être à llartwel. Cette suffisance naturelle s’augmenta beaucoup par l’action des flatteurs. 11 eut entrée au conseil comme ministre de la maison du roi. Ses collègues firent de lui une espèce de premier ministre et s’a.'isemblèrent souvent chez lui; mais il n’y eut dans ce ministère ni union, ni
talent, ni vues, ni connaissance du pays et des af-
faires, et sa marche fausse, erronée et incertaine amena rapidement le changement de l'opinion et la catastrophe du '20 mars.
Après avoir esquissé les torts et les défauts de M. de Blacas, j’ajouterai que le fond de son caractère ne manque pas de vérité ni d'une certaine dignité : sa parole mérite de la confiance. M. de Blacas, sou vent accusé à tort ides fautes du gouvernement, torts appartenant, aux yeux de tout homme bien instruit, à Louis XVIII, n’a jamais
ât MÉMOIRES DU DUC DE RACUSE.
cherché à s’en juslilier. (instamment il a accepté pour lui-même tout ce qui pouvait nuire au roi. Mais son orgueil et son insolence sans exemple gâtent les qualités qu’il peut avoir. C’est à son occasion qu’un homme d'esprit a dit qu’il ne connaissait rien de pire que les parvenus à parchemins.
11 trouva bientôt le moyen d’accumuler une immense fortune. En 1814, un fort pot-de-vin sur la ferme des jeux en fut le principe, et, en 1815, au moment du retour de Gand, le roi, obligé de se séparer de lui à Mons, laissa entre ses mains sept ou huit millions qu'il rapportait, et dont il n’avait plus besoin. M. de Blacas les a fait valoir, prospérer et augmenter d’autant plus facilement, que de grands traitements étaient attachés à l’ambassade de Rome qu’il occupait, et aux dignités dont il était revêtu. Lors de la puissance de M. Decazes, en 1819, étant arrivé inopinément à Paris, sous prétexte des affaires du concordat, il se lit donner, à ce qu’on assure, par un acte régulier, la propriété des fonds qu’il avait en. dépôt. Ce ne fut qu’à ce prix qu'il consentit à retourner sans retard à son poste. Cette version est la seule qui puisse expliquer la fortune qu’il a laissée, et qui, entièrement nulle à son arrivée en France, s’est trouvée, à sa mort, s’élever à plus de quinze mil-