‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 10 sur 178 · LIVRE XXI. — I8M-I8I5. ‘il · texte numérisé non relu

LIVRE XXI. — I8M-I8I5. ‘il

lacées, jetées dans le même moule, de gens habitués aux usages du monde, polis dans leurs manières, bienveillants dans leurs discours; mais avides, égoïstes, souvent dépourvus d’esprit et d’élévation, d’une ignorance complète des affaires, des choses et des hommes, meubles de toutes les cours, entièrement inhabiles aux moindres fonctions, mais non pas dépourvus d’une sorte d’importance par leur présence continuelle et leur habileté à découvrir les passions du maître qu’ils s’occupent à flatter.

Cet entourage a servi puissamment à égarer les Bourbons et à les maintenir dans la fausse route qu’ils ont prise. Si Louis XVIII et Charles X l’eussent écarté et se fussent préservés de son inlluence, il est probable qu’ils n’auraient pas succombé. L’esprit d’émigration et les intrigues politiques du clergé ont été les premières causes de leur malheur. Un seul homme parmi les courtisans revenant d’Angleterre, M. de Blacas, mérite d’ètre nommé ici et d’être dépeint à cause du rôle important qu’il a joué, et plus encore de celui qu’on lui a attribué. Je vais essayer de faire son portrait.

M. de Blacas est né en 1772, d’une très-ancienne maison de Provence, mais sans aucune espèce de fortune. Grand et bien fait, pourvu des avantages extérieurs, bien venu des femmes âgées, de mœurs

légères, il débuta dans la vie par exercer la profession d’homme aimable : ses succès le dispensèrent de chercher une carrière. La Hévolulion l’ayaiil fait émigrer très-jeune, il a vécu d’abord d’industrie. Son goût décidé pour les beaux-arts l’avait fixé en Italie. Il était à Florence, quand M. d’Avaray, tout-puissant sur l’esprit de Louis XVIII, y fit un voyage. Celui-ci avait besoin d’un cicérone, et M. de Blacas s’offrit à lui. Satisfait de son intelligence et touché de sa position, M. d’Avaray l’emmena avec lui comme secrétaire. Dès ce moment il vécut près du roi, qu’il ne quitta pendant l’émigration que momentanément et pour des missions déterminées. M. d’Avaray étant parti pour Madère dans l’espérance d’y retrouver la santé, M. de Blacas le remplaça provisoirement auprès de Louis XVllI, et ensuite définitivement après la mort de M. d’Avaray. Il se trouva ainsi chargé de l’administration de la modeste fortune de Louis XVlll et de la direction du peu d’affaires politiques que sa position d’alors comportait. Jamais le roi n’éprouva d’attrait pour lui. Sa pédanterie dans les petites choses le lui rendait désagréable, et l’infériorité de son esprit ainsi que de son instruction nuisait singulièrement à sa considération.

Voilà ce qu’était M. de Blacas en 1814, à l’époque de la rentrée du roi. Cette position d’habitude lui

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