‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 13 sur 178 · I.IVRK XXI. — J814-ISIS · texte numérisé non relu

I.IVRK XXI. — J814-ISIS

depuis Fait maréchal par Charles X, commandait un corps d’armée en Flandre, opposé à l’armée du prince royal de Suède. Maison avait été longtemps l’aide de camp de confiance de Bernadette. 11 entra par intermédiaire en rapport secret avec lui, et chercha à l’émouvoir sur les malheurs auxquels la France était en proie. Bernadette y fut sensible. Il entra dans les idées de Maison, et finit par déclarer par écrit à Maison qu’il était prêt à embrasser les intérêts des Français avec son armée. Il désarmerait le corps prussien sous ses ordres et passerait dans nos rangs avec ses Suédois. Pour toute condition il ne demandait qu’un mot d’écrit, signé par Napoléon, mot par lequel l'Empereur prendrait l’engagement de lui procurer une souveraineté, dans le cas où sa démarche lui enlèverait ses droits au trône de Suède. Napoléon, informé de ces propositions, y donna les mains, mais avec la restriction que l’engagement serait signé par son frère Joseph, et non par lui. C’était déclarer d’une manière assez positive l’intention de s’affranchir personnellement de l’obligation. On comprend qu’une pareille condition mit fin à la négociation. Napoléon, possesseur de l’écrit de Bernadette, le fit tomber entre les mains de l’empereur Alexandre. Quand Bernadotte vint chez ce dernier, h Paris, il fut reçu d’une manière glaciale. Puis Alexandre lui remit le

‘iS MÉMOIRES DU DUC DE RAUUSE.

papier accusateur, en ajoulaiit que, ne voulant jamais oublier sa conduite en ISI^, il chasserait de sa mémoire le tort récent dont il s’était rendu coupable et ne lui en parlerait jamais, mais qu’il l'engageait à ne pas prolonger son séjour à Paris et à quitter la France sans retard.

Je ne tiens pas ces détails du maréchal Maison même, mais du colonel de la Rue qui, pendant dixsept ans, m’a été attaché comme aide de camp, et dont j’honore particulièrement le caractère vrai et loyal. Devenu aide de camp du maréchal Maison depuis la Révolution de juillet, et chargé de missions importantes qu’il a remplies toutes avec succès, c’est de la bouche même du maréchal .Maison qu’il a entendu ce récit. Son authenticité m’est donc aussi prouvée que si c’était à moi que .Maison eût parlé. De la Rue ajoutait que le maréchal n’en faisait pas mystère et n’hésiterait pas à me raconter cet événement quand je le rencontrerais, si je lui en parlais'.

' J'ai su depuis, |)ar M. de Rodcntiausen, niinislic de Itanovrc il Vienne, et qui, pendant la campagne de 18l’4, serrait ilans l'éCit-major dc- Hernadutte, qu'il arait été cliargé deux fois de conduire inysléi ieuseiiient, d'une armée îi l'autre, l'agent du general Maison, qui fut r eçu en secret. Cet agent était colonel et aille de camp dc Maison. Il fut accompagné une fuis pai' Benjamin Constant, qui se trouvait halrituclli inent au quartier général du prince royal de Suède, et y resta toute la campagne.

(yole du duc de Bagusc.)

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