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-On peut supposer que Napoléon a vu dans BernadoUe un rival dangereux pour l’avenir, et que Beriiadolle se croyait appelé, après un coup aussi hardi, qui aurait sauvé et délivré la France, à remplacer Napoléon.
Le roi eut bientôt une occasion de reconnaître la franchise de mon caractère et les sentiments qui m’animaient.
Une femme de beaucoup d’esprit, avec laquelle j’étais lié depuis ma première jeunesse, et qui a passé sa vie dans des intrigues de toute espèce, m’avait raconté que M. de Talleyrand avait proposé à Ouvrard un marché pour nourrir et entretenir trente mille Russes, destinés à rester à Paris pendant plusieurs années. Les circonstances étaient de nature à m’empêcher de pouvoir douter de la vérité du fait. J’en éprouvai un sentiment d’indignation profonde. Plus je me trouvais lié à cette Restauration, plus je désirais lui voir un caractère national ; si elle l’eût perdu, elle eût été à jamais déshonorée à mes yeux.
L’expression des sentiments publics avait autorisé alors toute espèce de confiance; l’espérance était dans tous les cœurs, et j’ai vu des gens, devenus depuis ses ennemis les plus ardents, qui étaient à cette époque ses plus chauds partisans. Madame Régnault de Saint-Jean-d’Ângély, excessivement
bonapartiste pendant tout le temps de la Restauration, était dans des transports de joie au moment où je la rencontrai la première fois. Elle voyait tout en beau. Je la cite, non pour ellemême, son opinion est d’un poids léger, mais comme symptôme de celle de son mari, homme influent parmi les bonapartistes, et très-marquant par son instruction, sa facilité et ses lumières. Toutefois cette idée de nous voir mettre en tutelle sous trente mille Russes, cette flétrissure, prête à nous être infligée, eussent été des moyens infaillibles pour empêcher les Rourlwns de prendre jamais racine chez nous. Elle me révolta, et je crus de mon devoir d’informer le roi du complot, afln de le mettre en garde et de lui faire voir d’avance les conséquences infaillibles d’une mesure semblable. Je lui’demandai un entretien. 11 flit accordé sur-lechamp. Je lui exprimai mes craintes de l’aborder si promptement et si brusquement sur une question générale, sans être provoqué par lui; mais mon amour pour mon pays et l’ui^ence des circonstances me serviraient d’eveuse. Quelles que fussent ses lumières, dont l’opinion consacrait l’étendue, il avait à se délier de caractères peu honorables et de beaucoup d’intérêts particuliers, opposés à l’intérêt public. Je lui dis donc que j’avais la certitude du projet formé par M. de Talleyrand de con-